Je n’y suis pas entré. Pas dans le Lidl pour arracher une clim des mains d’un de mes égaux. Dans le petit magasin qui a ouvert près de chez moi il y a un mois. Je l’attendais pourtant avec impatience depuis qu’une affichette annonçant le recrutement d’un employé avait été collée sur ce qui n’était encore qu’un local vide. Il faut dire que ce type de supérette ouverte sept jours sur sept jusque tard dans la soirée n’existait pas jusqu’à présent dans notre calme cité bourgeoise. On y compte bien quantité de commerces de bouche souvent de qualité, mais il s’agit d’une offre traditionnelle qui observe scrupuleusement les horaires à l’ancienne : rideau à mi-journée, couvre-feu au crépuscule et fermeture le lundi. Quant au supermarché d’une marque nationale installé au centre de la cité, j’ai déjà exprimé ici mon désaccord avec sa politique sécuritaire consistant à soupçonner tous les clients d’être de potentiels malfaiteurs. C’est dire que je me félicitais de cette nouvelle offre. Et c’est toujours le cas sauf que je n’ai jusqu’à présent pas eu l’occasion d’en profiter. Il faut croire que mon comportement de consommateur n’est plus celui de ma jeunesse enfuie. Je n’ai plus besoin de sortir à pas d’heure pour trouver un complément alimentaire, une boisson alcoolisée ou des gâteaux d’apéritifs. Bien sûr, il peut parfois manquer une plaquette de beurre, du sel ou des yaourts nature mais le cas ne s’est pas présenté depuis l’ouverture de la boutique. Pourtant, je souhaite ardemment le succès de cette entreprise que je trouve assez vivifiante dans un univers qui ne l’est guère. Les vitrines barrées d’annonces de cessation d’activité se multiplient ces derniers temps. Il s’agit, dans la majorité des cas, de boutique de mode ou de décoration. Je ne les crois pas victimes de la concurrence des plateformes de commerce internationales mais de l’âge de leurs propriétaires, du transfert de leur clientèle vers le cimetière autant que de la désuétude de leur assortiment. Au moins le nouveau venu rajeunit-il la chalandise. Je me réjouis ainsi de voir des collégiens s’y engouffrer avant de s’installer sur le banc d’en face pour s’y goinfrer de gâteaux en s’hydratant de soda. Pas très Nutriscore mais rafraîchissant.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.