Je ne suis pas drogué. Enfin pas plus que la moyenne. J’ai certes fumé plusieurs sortes de plantes, plus ou moins autorisées mais j’ose considérer que le temps ayant fait son œuvre, ces écarts sont amnistiés. Je ferai juste remarquer au passage que la plus addictive de ces substances est celle que l’on peut acheter en toute légalité au coin de la rue, ce qui laisse ouvert des débats auquel je ne souhaite pas participer ce matin. Non, mon sujet du jour est ma dernière addiction. Celle à laquelle je ne renoncerai pas sauf à passer le reste de ma vie dans un brouillard fatigué. Car c’est bien du petit noir dont il est question. Oh, qu’il est bon celui-là ! Qu’il est essentiel au réveil de ma conscience chaque matin. À l’écriture – et à la relecture – de mes textes comme à ma digestion et à tant d’autres doux moments. Sur les conseils insistants de la faculté, toujours prompte à interdire ce qui est bon pour l’esprit et mauvais pour le cœur, et en raison d’une activité moindre qu’en d’autres temps, j’ai un peu espacé les rendez-vous avec ma tasse. Il en est cependant un sur lequel je ne transigerai jamais, c’est le premier. Celui sans lequel nul réveil n’est possible. L’un des piliers de la Trinité matutinale avec l’orange pressée et la douche. Que l’un vient à s’effondrer et c’est toute la journée qui est en péril. Ce qu’il s’est passé hier lorsque la machine à produire le breuvage a émis un son annonciateur de mauvaise nouvelle confirmée par l’absence de la moindre goutte dans le récipient. Afin d’éviter d’affliger plus avant le lecteur, je glisserai sur les diverses péripéties ayant mené à l’implacable constat de décès de l’engin. Certes, en caféinomane avisé, je dispose de solutions de substitution. Pour autant, il était hors de question de laisser la situation en l’état. Aussi, bien que nous fussions dimanche et que le programme de celui-ci fut assez dense, il fallait agir. C’est ainsi que je me retrouvais en fin d’après-midi dans un grand centre commercial de l’ouest de la capitale. Un jour de solde et alors que se tenait dans une arène voisine le concert d’un artiste portoricain particulièrement populaire. Autant dire que l’endroit était à l’exact opposé de la définition de la quiétude dominicale. Eu égard à ce qu’endurent de nombreux habitants de notre planète, je n’aurais pas l’outrecuidance de prétendre que j’ai vécu un enfer. Cependant, en sortant de ces lieux aussi suroccupés que surchauffés, je me suis dit que je payais le prix de mon addiction. Dont j’ai très agréablement profité ce matin. Pour mon plaisir. Et pour vous servir.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.