Pardon. Pardon d’avoir oublié votre nom. Cette supplique s’adresse au garçon dont j’ai fait la connaissance il y a quelques semaines lors de la traditionnelle fête donnée par un grand groupe publicitaire français pour marquer la fin des Cannes Lions. Malgré le niveau sonore extrêmement élevé j’avais perçu que ce monsieur travaillait pour un groupe mondialement connu d’études de marché et de sondages d’opinion. Et j’ai également gardé en mémoire ses déclarations élogieuses à propos de mes écrits dominicaux qu’il me disait lire le lundi. Ce dont je ne me rappelle pas c’est la raison de ce décalage. À moins qu’il ne me l’ait pas expliqué ou que mes oreilles déficientes n’aient rien capté dans cette atmosphère saturée de sons. Comme toujours face à de tels compliments, j’ai dû bafouiller des remerciements dont la platitude suffit à démentir toutes les qualités stylistiques que l’on me prête. Si je m’adresse ce matin à ce lecteur en particulier, ce n’est pas pour essayer de me rattraper sur ce sujet mais parce que les circonstances dans lesquelles nous avons fait connaissance ne m’avaient pas permis de lui indiquer qu’il pouvait me lire tous les jours sur le présent site. Une précision qui prend son importance en ce jour, le dernier au cours duquel il aura l’occasion de prendre connaissance de l’éditorial publié la veille dans The Media Leader. François Quairel qui en est le rédacteur en chef, m’avait annoncé la nouvelle quelques jours auparavant. Dire que ce fut une totale surprise serait mentir. L’industrie des médias traverse une crise d’une ampleur considérable et d’une nature inédite. Possiblement existentielle. Aux défis technologiques rendus d’autant plus redoutables qu’ils sont lancés par des géants sans scrupule, s’ajoute une crise économique largement due à l’inconséquence de dirigeants indignes de leur puissance. Dans ce contexte, les médias professionnels qui vivent de la publicité de ce secteur sont particulièrement affectés. Raison pour laquelle on ne peut les blâmer de faire des économies et de renoncer – la mort dans l’âme, je le sais – au superfétatoire, fut-il apprécié de l’audience. Plutôt que de me plaindre, je préfère remercier ceux qui sont devenus des amis de m’avoir permis de délirer en toute liberté dans leurs colonnes pendant près de trois ans. Et de m’avoir appris que même à la retraite, on peut être licencié.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.