Même pas peur ! Pourtant, tous les ingrédients étaient réunis : le grenier dont les planches craquent, le miroir maléfique, la cave maudite et autres diableries de pacotille. Mais le navet sur lequel je me suis arrêté hier soir lors de mes pérégrinations télévisuelles, sorte d’Exorciste de série Z, ne m’a pas procuré le plus petit frisson. Il aurait pourtant été bienvenu même si le pire du pic de chaleur est passé. Après tout, les valeurs annoncées pour les jours à venir, autrement supportables que celles que nous venons de subir, sont celles qui caractérisaient la canicule de 1976. Je n’ai en réalité qu’assez peu de souvenirs précis de cet épisode, si ce n’est que j’avais découvert que le cinéma pouvait avoir des effets très sensibles sur la perception de la température. C’est en allant voir Le Locataire de Roman Polanski que je l’avais constaté. Je crois pouvoir affirmer que c’est le seul film qui m’ait vraiment fichu la pétoche. Je n’ai jamais ressenti plus d’effroi qu’en suivant le malheureux héros s’enfoncer dans la folie mortifère sans que l’on sache s’il est la victime de voisins maléfiques ou de sa paranoïa. Un chef-d’œuvre que j’ai découvert dans une salle transformée en fournaise, ce qui ne m’avait pas empêché de grelotter de frousse, du premier cri au générique de fin. Une sensation plus jamais éprouvée à ce point, ce qui est fort regrettable, la planète s’étant nettement réchauffée depuis. Mais c’est sans doute trop demander au cinéma que de contribuer au refroidissement de l’atmosphère. Quant à la pub, n’en parlons pas. Ou plutôt si puisque je rentre des Cannes Lions. Je ne reviendrai pas en détail sur ce séjour dont j’ai tenu la chronique quotidienne pour The Media Leader, si ce n’est pour avouer qu’il a été météorologiquement supportable. Non que cette industrie qui prétend trop souvent sauver le monde ait inventé quelques recettes magiques mais par la chance d’avoir disposé d’un logement climatisé. De quoi me permettre de retrouver mon souffle et mes esprits après de longues journées sous le soleil de plomb de cette cité plus minérale que balnéaire, envahie jour et nuit de bruit, de foule et de véhicules. Un avant-goût du Jour d’après ? Tiens, en voilà un bon film à revoir au prochain coup de chaud.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.