J’aurais dû rougir mais je n’ai pas la peau pour. Alors quand un copain croisé dans un de ces pince-fesses professionnels m’a félicité pour les illustrations de mes textes, je me suis contenté de bafouiller des remerciements confus. Puis il a enchaîné en ajoutant que cela prouvait qu’il n’y avait pas que les jeunes qui savaient se servir de l’intelligence artificielle. J’ai continué à sourire tout en me demandant si je devais relever par une pirouette à propos des ravages du temps sur l’intellect. Je me suis abstenu, faute de trouver la bonne formule, preuve que mon interlocuteur n’avait peut-être pas tort de souligner mon ancienneté. Mais pour être désarmante – et en réalité pleine de bonnes intentions –, cette remarque ne m’a pas offensée. Elle m’a plutôt fait réfléchir sur ce qu’elle signifiait. Car après tout, ce n’est pas moi qui crée ces images. Je me contente d’écrire quelques mots et de les jeter, tels des dés sur un tapis, dans l’espoir que le programme comprenne mes désirs. À l’opposé de toute démarche scientifique raisonnée, je me satisfais de l’aspect ludique de l’exercice. Après avoir livré ma description, j’attends avec gourmandise de voir apparaître l’interprétation qu’en fait l’outil. Il arrive que le résultat soit satisfaisant au premier jet, mais la plupart du temps il faut recommencer, préciser, affiner. Bien sûr, l’expérience s’accumulant, la rédaction des prompts s’affine. Il est cependant des demandes qui touchent aux limites de cette intelligence. Qu’elles soient trop sophistiquées ou mal exprimées, il faut alors tenter de se mettre à son niveau. Ou renoncer quand il semble impossible de se faire comprendre. Il se peut également que le système refuse d’exécuter les ordres. C’est le cas lorsqu’il s’agit d’une personnalité connue, particulièrement si elle fait de la politique et encore plus si elle exerce ses fonctions outre-Atlantique. Un simple nom de famille peut ainsi déclencher l’apparition d’un message d’avertissement dont le ton assez menaçant trahit la légitime inquiétude d’une possible atteinte à l’image de ces personnes. Une prudence bien compréhensible qu’il est toutefois relativement facile de contourner en usant de périphrases assez sommaires pour abuser l’algorithme. La description d’un gros bonhomme blond en costume bleu avec une cravate rouge peut suffire à tromper la sécurité. De là à lui donner l’apparence d’un médecin soignant par l’imposition des mains, mes pauvres compétences en sont incapables. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’une question d’âge.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.