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Déprime time

J’ai vu Daniel Craig hier et pour être sincère, son état m’a un peu inquiété. C’est qu’il n’avait pas l’air au mieux de sa forme avec son air de chien battu, les mains dans les poches de son jean, emmitouflé dans un gros pull avec l’attitude du type qui couve une mauvaise grippe. Aucun risque qu’il ne me la refile, ce n’était que l’une de ces affiches géantes sur lesquelles le 007 dépressif pose devant une auto dont la marque, Denza, m’était jusqu’alors inconnue. Après investigations, il s’agit de la filiale de luxe du constructeur chinois BYD, acronyme de Build Your Dreams. Tout un programme qui n’a pourtant pas l’air d’enthousiasmer notre héros dont la tronche dépitée semble indiquer qu’il n’est pas entièrement satisfait de la construction de ses rêves. Cela dit, on peut comprendre qu’il regrette son Aston Martin à la vue de l’auto dont il fait la pub. Ni belle, ni moche, elle est surtout totalement dénuée de caractère à l’image d’une bonne partie de la production actuelle. J’écris ces mots à regret, moi qui me suis longtemps inscrit en faux contre ceux qui me serinaient que « toutes les voitures se ressemblent » et que « ce n’est plus comme avant ». Une rengaine qui me paraissait être le fruit de la nostalgie d’un improbable âge d’or. Tel n’est toujours pas mon cas mais je dois reconnaître que je suis atteint à mon tour par cette incapacité à distinguer nombre de marques et de modèles. Pas de quoi en faire une dépression, feront remarquer les plus sages et ils auront raison. J’en parlerai à Daniel si je le rencontre en chair et en os. Et pourquoi pas ? Après tout j’ai aperçu l’espion à la retraite – j’y pense, c’est peut-être pour ça qu’il fait la gueule – en me rendant à une soirée au cours de laquelle je me suis trouvé en présence d’un échantillon appréciable de célébrités de la télévision française. J’étais en effet invité à assister à une cérémonie de remise des prix qui se voulait une forme modernisée de ce que furent les « 7 d’Or ». À l’intention des lecteurs trop jeunes pour s’en souvenir, autant que pour ceux qui sont trop vieux pour en garder la mémoire, je rappelle qu’il s’agissait d’un palmarès crée par le magazine Télé 7 Jours qui récompensait jusqu’au début de ce siècle, les professionnels de notre paysage audiovisuel national. Voilà comment j’ai pu me trouver en présence de l’actrice principale d’une série diffusée sur une grande chaîne sans que je puisse l’identifier, ce qui est toujours un peu embarrassant. Je me suis cependant rassuré en prenant conscience que cette ignorance n’était pas due à la dégradation de mes capacités cognitives mais à ma méconnaissance profonde des programmes des grandes chaînes de télévision. Il est vrai qu’il y a longtemps qu’ils ne me font plus rêver.