Il suffit parfois d’un rien pour se sentir décalé. Ou d’un poil, comme j’ai pu le constater à mes dépens il y a quelques jours. Alors que je devisais avec quelques amis, l’un d’entre eux s’est gentiment moqué d’un autre, s’étonnant de l’élégance de sa tenue, presque trop chic pour cette soirée plus professionnelle que mondaine. Histoire de me mettre au niveau et sans réfléchir – comme souvent – j’ajoutais que la parfaite allure de ce jeune homme était complétée par une barbe remarquablement bien taillée. À peine avais-je prononcé ces mots que je m’apercevais que c’était le cas de la quasi-totalité de l’assistance masculine. Les quelques imberbes portaient quant à eux, le poids des années à défaut de collier, bouc ou simple moustache. J’en faisais naturellement partie, n’ayant jamais été barbu. Ma seule tentative remonte à ma vie étudiante. Lors d’un séjour aux États-Unis, j’avais profité de l’éloignement pour voir ce que cela pouvait donner. Et le résultat m’avait rapidement convaincu de mettre un terme à l’expérience. L’association de ma coiffure afro avec une face poilue me faisait en effet ressembler à une sorte de hérisson hirsute. Un Chewbacca avant l’heure, la saga Star Wars n’ayant pas commencé en ces temps reculés. Aussi me suis-je longtemps rasé quotidiennement jusqu’à ce que la mode tolère une pilosité de quelques jours. Et lorsque la toison se fait longue et envahissante, je la badigeonne de mousse avant de l’araser, non sans contrôler les opérations dans la glace de la salle de bains. Rien que de très banal. Mais j’ai appris récemment que nous n’étions pas les seuls êtres terrestres à en être capables. Les poulpes eux aussi saisissent le principe de la rétro vision. Non pour se raser les tentacules mais pour trouver à manger. Ce sont des chercheurs de l’université de Dartmouth au Royaume Uni qui sont parvenus à cette conclusion. Pour ce faire, ils ont caché de la nourriture derrière une boîte, elle-même placée dans le dos de l’animal, de sorte qu’elle ne soit repérable que dans le miroir. Sans coup férir, le futé céphalopode a trouvé sa pitance, prouvant ainsi qu’il savait faire la différence entre le reflet et la réalité. Une distinction qui, à la vue de l’actualité, ne semble pas à la portée de tous les humains.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.