La France ne forme pas assez d’ingénieurs. Il en faudrait au moins 20 000 de plus par an pour répondre aux besoins de tous les secteurs. Que voilà une information intéressante, n’est-ce pas ? J’aurais volontiers continué à développer le sujet mais je n’en connais pas la suite. Car c’est à cet instant que les piles de ma radio ont perdu leurs dernières parcelles d’énergie (pardonnez l’approximation, je ne suis pas ingénieur) mettant brutalement fin à la retransmission. Comme je venais d’allumer le poste, je ne peux vous dire non plus ce qui avait amené le journaliste à dresser ce triste constat. Pourquoi s’y arrêter alors ? Parce que cette phrase sans contexte a continué à flotter dans mon esprit pendant un bon moment me laissant une impression de déjà entendu. Quasiment tous les matins. Car en y réfléchissant, ce que je pouvais faire, n’étant pas distrait par le flux radiophonique, j’ai pris conscience du fait que notre pays manque de tout. Ça ne semble pas évident à première vue, surtout si on se compare à d’autres nations économiquement défavorisées mais il ne se conclut pas un sujet d’information sans que l’on souligne des carences en tout genre et de toute nature. Le niveau scolaire baisse par manque d’enseignants, les trains sont en retard faute de contrôleurs, les plaintes pour viols restent en souffrance à cause du déficit de magistrats, et j’en passe. À croire que nous ne sommes pas assez nombreux ce qui ne doit pas être le cas puisque les sages-femmes sont débordées sans parler des déserts médicaux qui s’étendent jusque dans nos villes et nos campagnes. Ne voyez pourtant nulle moquerie ou désillusion dans ce catalogue sans fin. Un peu de dépit peut être, au souvenir de l’époque pas si lointaine où la sélection universitaire était justifiée par l’encombrement des filières. Mais rien n’est perdu et contre toute apparence, l’avenir s’annonce serein, sinon radieux. Selon l’Insee en effet, la France comptera 3 millions d’habitants en moins d’ici 2070. Je ne serai plus là pour en profiter mais j’envie ceux qui vivront dans une société dénuée de « métiers en tension ». Sauf peut-être dans les Ehpad. Parce qu’il y aura aussi quatre fois plus de centenaires qu’aujourd’hui. Assez pour faire des manifs contre la vie courte. Et le manque de jeunes.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.