On vit une époque formidable ! Oui, je vais très bien merci et non, je n’ai pas profité de mes vacances pour me faire lobotomiser. C’eut été un peu radical même s’il est vrai que le terme est à la mode. Cette pause s’est d’ailleurs avérée particulièrement opportune, m’évitant la tentation de commenter à chaud l’embrasement automnal de notre pays. De retour au clavier j’ai de surcroît le plaisir d’apprendre que le Brésil a échappé au pire tandis que la Serbie où l’on votait aussi, semble aller vers le mieux. Mais telles ne sont pas les raisons de l’optimisme affiché en ouverture. La réalité est que mon enthousiasme est le résultat de votre formidable production éditoriale. Oui vous, mes amis, connaissances et ex-collègues. Il ne se passe pas une semaine sans que l’un ou l’autre n’annonce la parution imminente d’un ouvrage, qu’il s’agisse d’une fiction, d’un essai ou d’un guide. Il faut d’ailleurs que je prévoie une extension conséquente du rayonnage qui vous ait réservé dans ma bibliothèque. Quant à mon agenda, il se remplit de séances de signatures au point de devoir effectuer des choix délicats. Je salue cette production avec d’autant plus de respect et d’admiration que je viens moi-même de renoncer à me lancer dans cette belle entreprise. Voilà en effet quelques temps qu’à force d’écouter les encouragements de certains proches, j’étais sur le point de briser ma promesse de ne plus chercher à me faire éditer. Pour diverses bonnes raisons qu’il serait trop long de détailler ici, je me suis convaincu de longue date que je n’étais pas taillé pour ces travaux au long cours. Cependant, à force d’entendre que « je devrais faire un livre avec [mes] textes » j’avais fini par me laisser tenter. Aussi ai-je profité de cette pause pour entreprendre une expérience. Ayant téléchargé un gabarit de roman au format standard, j’y ai collé quelques exemplaires de ma production qui me semblaient dignes d’être imprimés. Ce qui m’a permis de constater que tel n’était pas le cas. En effet, ce qui peut éventuellement se lire agréablement sur un écran devient un pensum sur du papier. Le ton, le fond, la forme, la longueur, rien ne va plus. Et plutôt que de jouer au grand casino de l’édition, je préfère garder ma mise. Car si je suis bon camarade, je suis aussi mauvais joueur.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.