Il suffit parfois d’un tout petit signe pour éclairer une journée mal partie. Un pouce levé ou mieux encore, un petit message d’un lecteur heureux d’avoir lu le texte du jour. Ce n’est pas que j’avais le blues – je me contente d’en jouer tous les soirs – mais j’étais sorti du lit inhabituellement tôt pour assister à une conférence dont le niveau me dépassait. J’aurais l’occasion d’en reparler dimanche dans mon édito (habile teaser, n’est-il pas ?) mais je peux déjà avouer que je n’ai pas attendu la fin des débats pour quitter les lieux. Bâillant aux corneilles après avoir salué la puissance invitante, mon téléphone vibra pour afficher un SMS qui suffit à me redonner de l’allant. C’est que j’avais une urgence inavouable : il fallait sortir la poubelle, ce que j’avais négligé de faire avant de partir. Aussi traversais-je la capitale pour rejoindre mon domicile avant le passage des éboueurs. Ce qui fut fait prestement et sans faute. Ainsi satisfait de ma matinée, je pouvais déjeuner et m’adonner au seul sport que je pratique : la sieste. Je ne sais pas si vous avez l’occasion de vous y essayer mais ce sommeil à ceci de particulier qu’il est à la fois léger et plein de rêves. Mon terrain favori est le canapé du salon sur lequel, lisant un bouquin, je laisse mes yeux se fermer et mon imagination s’évader. Ma conscience est telle que je continue à percevoir les bruits environnant tout en divaguant intérieurement, le plus souvent agréablement. Hier pourtant, ce petit somme réparateur fut brusquement interrompu par la certitude fulgurante d’avoir oublié ma mission du jour. Dans la seconde, les yeux écarquillés, le cœur battant, je me précipitais vers les bacs à déchets. Pour constater qu’ils n’étaient pas à leur place habituelle puisque c’était précisément pour cela que j’étais rentré plus tôt le matin même. Je retrouvais mon calme à défaut de ma sérénité. En cette semaine d’information sur la santé mentale, il y avait en effet matière à s’inquiéter. Je me rassurais cependant en me rappelant à quel point la frontière entre les songes et la réalité est ténue lorsque l’on s’assoupit ainsi. D’ailleurs les plus puissants s’y laissent aller, à l’image de ce président malfaisant dont les endormissements répétés sont aussi célèbres que ses sinistres foucades. Mais exceptionnellement je prendrai sa défense. Car après tout, ces sommeils sans sommation sont les seuls moments où il ne profère ni ne fait de bêtises.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.