Comme chaque année à la même époque, le rose de l’espoir a laissé la place aux citrouilles mortifères. Rien à voir avec les inquiétants délires de quelques insoumises à la raison qui voient des complots jusque dans les rubans. Non, cette mutation s’explique de manière beaucoup plus pragmatique puisqu’elle concerne une agence immobilière dont j’ai déjà fait ici l’éloge de la créativité de ses propriétaires. Je n’ai pas l’heur de les connaître, mais à en juger par la décoration de leur jardin, il est certain que leur devise en la matière est « toujours plus ». C’est ainsi qu’au squelette géant émergeant de la terre sous les yeux – si on peut dire – d’un Jack O’Lantern grandeur nature, s’est ajoutée une sorte de gargouille à taille plus qu’humaine. Cette sombre et menaçante créature déploie ses ailes de chauve-souris au-dessus d’un petit cimetière d’où tentent sans surprise de sortir quelques cadavres. L’ensemble est assez croquignolesque à défaut d’être terrifiant. Pour y parvenir, il aurait peut-être fallu rajouter un congélateur débordant de nourriture avariée à la suite de la cyber attaque la plus stupide de la courte – mais déjà riche – histoire de cette discipline. Pour l’heure il ne semble pas y avoir de précisions sur les génies qui ont eu cette idée ni sur leurs motivations, en admettant que leur bulbe soit assez développé pour qu’ils puissent en avoir. Mais je ne doute pas que, comme le disait si bien le commissaire Bialès dans La Cité de la peur « dès qu’il y aura de plus amples informations, croyez bien que vous serez les premiers informés ». Eh bien justement, il se peut qu’il ne s’agisse que d’une coïncidence mais il se trouve que j’ai reçu lundi matin, soit 24 heures après le forfait, un mail me proposant « une formation à la manipulation des fluides frigorigènes » (sic). J’aurais bien cliqué sur le lien accompagnant le message aussi succinct que suspect, mais je me suis abstenu de crainte d’être hacké à mon tour. Je l’avoue, la perspective de voir le contenu de mon frigo fluidifié m’a fait froid dans le dos. Pourtant, je ne suis pas trop pétochard. Juste frileux.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.