Mais nous laisseront-ils seulement quelques miettes ? Que nous restera-t-il lorsqu’ils auront pris le pouvoir ? C’est la grande question. Et non, je ne parle pas d’une théorie nauséabonde et raciste dont une ministre, pourtant chargée de l’égalité entre les êtres humains, a estimé que ce débat faisait partie de la liberté d’expression. Pour le confort de tous, je préfère ne pas commenter plus avant cette position car je risquerais d’y laisser mon calme légendaire. Non, s’il y a un remplacement dont on peut discuter, c’est celui de l’humanité par les robots. Jusqu’à présent je regardais ces simulacres avec une curiosité distante et quelque peu amusée. Cet été j’ai ainsi pouffé – oui, cela m’arrive – devant ces simulacres d’athlètes qui, après le passage de la ligne d’arrivée d’un 100 mètres allaient piteusement s’écraser dans un mur de mousse, tant ils étaient incapables de se ralentir naturellement. Un ami à qui je montrais cette saynète m’a laconiquement répondu : « Rigole tant qu’il est encore temps ». Sur le coup, je l’ai trouvé bien alarmiste. Oui, les progrès effectués par ces engins sont spectaculaires, surtout depuis que l’on leur a implanté des capacités intellectuelles artificielles. Mais de là à s’en inquiéter, la marge est aussi grande que la collection de Science et Vie dont le premier numéro devait déjà annoncer l’avènement de l’ère robotique. Et puis hier, j’ai découvert un reportage sur une manif dont les participants étaient des humanoïdes composites accompagnées d’interprétation approximatives de chiens. Conformément à l’usage de ce genre de rassemblement, certains brandissaient des pancartes. Mais ils étaient si frénétiques qu’il était impossible de lire les slogans, preuve que comme pour la course à pied, il leur reste du chemin pour se rapprocher de l’homme. Lequel était en réalité au cœur du sujet puisque ce happening s’est tenu à Varsovie à l’initiative d’un collectif voulant alerter sur la place de l’IA dans la société. Ce n’était donc pas un mouvement spontané de travailleurs automatiques réclamant une augmentation des tâches ou un recul de l’âge de la retraite. Ce n’est pas encore un Bastille-République cybernétique mais d’ici à ce qu’un camp déprimé par les primaires s’en remette à un candidat artificiel, il n’y a pas si loin. Ah ? C’est déjà le cas ?

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.