Faut-il y voir un signe ? Possible, d’autant qu’ils étaient deux. Cygnes. Je les ai vus passer alors que je vous écrivais hier matin. Sur le coup, j’ai surtout admiré leur noble élégance. Tout à mon travail je ne leur ai pas prêté plus d’attention. Ce n’est qu’un peu plus tard en sortant de la maison que j’ai compris qu’ils se réinstallaient. Mes lecteurs se souviendront certainement de la chronique que je tins l’an dernier sur un couple de ces grands oiseaux blanc qui avaient choisi les berges de la rivière artificielle bordant mon jardin pour nidifier. L’affaire m’avait longuement tenu en haleine, d’autant qu’elle s’était étirée bien au-delà de la période d’incubation, et son issue fut tristement stérile puisque le couple s’en fut sans petits. C’est dire que je ne pouvais rester indifférent à ce retour qui me semble un peu prématuré car l’hiver est loin d’être terminé, comme nous pouvons tous le constater. Or mes sources encyclopédiques m’indiquent que c’est au printemps bien entamé que les œufs éclosent. D’où une légitime interrogation sur la raison de leur présence précoce. Est-ce que l’échec de l’an dernier les pousse à se donner du temps ? Un pèlerinage ou une reconnaissance des lieux ? À moins qu’à force de fréquenter le secteur, ils aient constaté l’an dernier qu’il pouvait arriver en quelques rares occasions que la muse ne me trouve point en dépit de mes taquineries incessantes. Aussi auraient-ils charitablement décidé de m’offrir de quoi écrire lorsque je suis à sec. Je doute fortement de cette explication, ne serait-ce qu’en raison de l’extrême rareté de ces pannes d’inspiration. Ainsi avant l’apparition impromptue de ces animaux plutôt réputés pour leur mauvais caractère, avais-je prévu de vous entretenir d’autre chose. Le sujet était, il est vrai, nettement moins guilleret puisqu’il avait pour décor le cimetière du Père Lachaise. Cependant afin de ne pas augmenter les risques de dépression saisonnière due au manque sensible d’ensoleillement autant qu’à un surplus hydrométrique, je préfère m’en tenir à ma chronique animalière. Après tout c’est un feuilleton comme un autre. Il peut être un peu lassant, pas toujours passionnant mais au moins mes héros sont blancs comme neige. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.