Fini de rire. Je sais que nombre d’entre vous attendent de ces lignes un instant de détente, voire de sourire pour éclairer leur journée. Il se peut d’ailleurs qu’en ce jour de retour en classe, quelques petits nouveaux me rejoignent mais je crains de les décevoir ce matin. Car en ce jour funeste, j’ai perdu non pas un maître – je n’en ai pas plus que de dieu – mais un inspirateur. En ouvrant le tiroir de ma commode pour y choisir mes sous-vêtements, l’émotion m’a en effet saisi en réalisant que celui sans lequel j’habillerais encore mes pieds de tissus aux couleurs bariolées, n’était plus. Édouard Balladur fut en effet celui qui me permit de découvrir qu’il était possible de vêtir ses pieds d’une teinte unique : le rouge. C’était d’ailleurs le seul domaine dans lequel il faisait montre d’une légère inclinaison à la provocation tant le reste du personnage n’était que retenue et componction. Raison pour laquelle, bien qu’il fût une source partielle d’imitation, mes voix ne se reportèrent jamais sur sa personne. À ce propos, sa disparition pourrait, au-delà des hommages quelque peu convenus de ses anciens condisciples, être l’occasion d’une réflexion sur la mésaventure qu’il connut en 1995 alors qu’il visait la magistrature suprême. Certains se souviennent peut-être que l’été précédent le scrutin, celui qui était alors Premier ministre de François Mitterrand, caracolait en tête des sondages. Plus que ses chaussettes, sa mise un brin monarchique et son profil de pièce de monnaie semblaient lui donner tous les atouts pour le rôle. La plupart des grands médias, y compris ceux qui n’étaient pas de son bord, se laissaient aller à le donner largement gagnant face à Jacques Chirac, dont la posture de perdant ne l’empêcha pas d’entrer à l’Élysée quelques mois plus tard. Pas le temps, ni la place et encore moins les compétences pour vous narrer cette campagne dont vous trouverez les détails dans les articles nécrologiques du jour. Mon propos est simplement de rappeler aux dizaines d’aspirants déclarés et en devenir, que le champion de la rentrée est fort rarement l’élu du printemps suivant. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle face au duel annoncé comme certain par les commentateurs avisés, entre deux inacceptables extrêmes. Et que ceux qui se moquent de mon optimisme forcené respectent au moins la peine de mes pieds. Aujourd’hui, ils portent la couleur du deuil.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.