Ça me démange. Pas de venir sauver le pays « si la situation l’exige » comme l’affirme un ancien président de la République prêt à se sacrifier pour retrouver l’Élysée. Une noble et courageuse attitude confirmée par le visage grave de l’impétrant que j’ai découvert sur la couverture d’un magazine affichée au dos d’un kiosque parisien. Non, ce qui titille mon épiderme est beaucoup plus banal. Ce sont les boutons provoqués par les moustiques et autres animaux piquants qui prennent ma peau pour un buffet garni et s’y goinfrent sans scrupule ni limite. Je présume que cette explosion démographique insectoïde est la conséquence du dérèglement climatique dont j’avoue que je n’avais jusqu’à présent, pas mesuré les suites épidermiques. Le pire, c’est que ces animaux profitent lâchement des moments où mes mains sont occupées sur les cordes de ma guitare pour me sucer le sang et y insérer leurs urticantes substances. Une sorte de double peine, car au désagrément de la piqûre s’ajoute l’agression des oreilles par les fausses notes. Mon audience étant très réduite (et très tolérante), les dommages collatéraux restent limités. J’aurais d’ailleurs mauvaise grâce à me plaindre plus longtemps eu égard à la cascade de calamités qui composait le sommaire du bulletin d’actualité radiophonique matinal. Mes pauvres prurits ne sont rien en regard des orages de grêles dévastateurs, tornades et autres glissements de terrain meurtriers, sans oublier les multiples menaces de guerre. Au sein de cette litanie, j’ai pourtant perçu une info qui m’a fait tiquer, si je puis m’exprimer ainsi. J’ai appris en effet au détour d’un reportage, que les vols d’engins agricoles étaient en hausse constante depuis des années. Il semble qu’ils soient le fait d’organisations criminelles sophistiquées qui exportent illégalement leur butin vers l’est de l’Europe. Un phénomène dont un enquêteur interviewé craint qu’il ne se renforce encore, expliquant que « si la guerre en Ukraine se termine de manière assez proche, on aura une forte demande pour ce type de matériels en termes de reconstruction ». Il serait donc question que ce conflit aussi absurde que meurtrier trouve une issue prochaine. Je ne sais si c’est ce dont le directeur de la CIA a causé avec ses homologues russes à Moscou lors d’un voyage secret hautement médiatisé, mais c’est la preuve que même au plus profond du pire, le meilleur est possible. Il suffit de gratter un peu pour s’en apercevoir.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.