Un instant je me suis cru dans Un jour sans fin. Pas de fête de la marmotte ni – malheureusement – la gueule de Bill Murray dans la glace, mais un ancien Premier ministre expliquant à la radio comment il allait résoudre la question des retraites avec les mots et les intonations que j’avais déjà entendus la veille. Mais à peine commençai-je à m’inquiéter de la situation de l’espace-temps que le journaliste coupait l’enregistrement pour interroger l’invité du jour, lui aussi ex-chef du gouvernement mais plus récemment, sur les propositions de son prédécesseur. Sans la moindre surprise, le jeune politicien exprima son désaccord. Aussi décidais-je de lui couper la parole. Non que j’aie un penchant pour l’une ou l’autre des solutions mais un je-ne-sais-quoi me laissait supposer que le débat portait moins sur le fond du dossier que sur la posture des candidats. Et puis je dois avouer assez égoïstement que cette affaire m’intéresse assez peu compte tenu de ma position sociale. Pourtant, je ne suis pas indifférent à la vie de mes aînés. Ainsi hier encore me suis-je attendri devant une scène touchante. Alors que je passais au centre de ma petite commune, j’avisais une bonne vingtaine de clients faisant la queue devant une boutique. Rien que de très banal me feront remarquer ceux qui savent que cette pratique est du dernier chic comme on peut le vérifier en parcourant les rues de la capitale. Mais le spectacle est nettement moins commun dans une cité où il est rare que le champ de vision embrasse plus de dix personnes simultanément. Cependant, le plus remarquable était moins la file que sa composition faite de personnages des deux sexes, uniformément coiffé de gris et s’appuyant occasionnellement sur une canne. Ce public conforme à la démographie locale se pressait avant la fermeture définitive d’un magasin de chaussures. Une enseigne qui porte le nom d’un cardinal et dont l’assortiment n’a pas dû beaucoup changer depuis que ce dernier dirigeait le pays. J’exagère à peine et cela explique sans doute l’empressement de cette assemblée séculaire à profiter des dernières paires ancestrales avant le baisser de rideau. Ne voyez pourtant aucun mépris dans ces mots. Le casanier routinier perclus de vieilles douleurs qui les écrit serait particulièrement mal placé pour se moquer. Mais on est tous le senior d’un autre. Pas de quoi philosopher et encore moins résoudre la question de la sénescence de la population. Juste une béquille pour s’appuyer face au temps qui passe.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.