Je suis un peu dur de la feuille et ce n’est pas une métaphore. Même s’il m’arrive de ne pas piger instantanément des raisonnements trop subtils pour mes neurones, ce sont bien mes oreilles qui sont déficientes. Ou plutôt l’une d’entre elles. Mes proches et ceux que je rencontre dans un environnement un peu trop sonore ont dû s’en apercevoir. Je fais répéter souvent les personnes qui se trouvent à ma gauche. Oui, car c’est de ce côté que mon ouïe est défaillante. Et non, pour une fois ce n’est pas – seulement – une question d’âge. Affligé d’acouphènes depuis fort longtemps, j’ai souvent consulté sans que cela ne résolve durablement le problème. Pour l’heure, celui-ci est très largement supportable et ne m’empêche ni d’écouter de la musique, ni d’en jouer et encore moins de prétendre que c’est la raison pour laquelle je produis autant de fausses notes. Cependant, je m’attends à ce que, comme d’autres fonctions cérébrales et cognitives, cette déficience s’aggrave au fil des années et que le moment viendra où je devrais m’appareiller, comme on dit pudiquement. La bonne nouvelle est que ce jour-là, j’aurai l’embarras du choix. Des modèles mais surtout des boutiques. C’est la réflexion que je me suis faite en traversant hier le centre de ma petite cité cossue qui, comme dans de nombreuses villes de France, voit nombre de ses commerces baisser définitivement le rideau, le plus souvent en raison du départ à la retraite de leurs exploitants. Mais ce qui est remarquable, c’est qu’ils sont majoritairement remplacés par des agences immobilières et par des spécialistes de l’audition. À croire que la population à venir sera principalement composée d’opulents sourdingues. Une génération B, comme Beethoven, qui pourra se permettre d’ignorer superbement les rumeurs et les cris du monde extérieur. C’est à vrai dire déjà un peu le cas. Le calme de ce havre de paix est trop souvent troublé par le bruit des machines divers provenant de chantiers de rénovation de bien immobilier d’exception, de souffleurs de poussière, et autres appareils pétaradants. Une cacophonie à laquelle je participe – pour une fois sans modestie – lorsque j’utilise ma tondeuse antédiluvienne. Au moins dans quelques années pourrai-je couper mon sonotone et m’abstraire du barouf ambiant. Un peu comme je le fais avec la radio quand l’accumulation des calamités annoncées et à venir m’indispose. À la manière d’une autruche. Qui n’est pourtant pas sourde.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.