Eh bien nous y sommes. J’espère que vous êtes dispos et reposés. Et surtout que vous êtes bien là. Non que je m’inquiète que vous ayez pu fondre au cours des vagues caniculaires successives mais il est possible que vous soyez encore en train de profiter de vos loisirs. À l’image du marchand de fromage du marché de ma petite ville dont l’étal est toujours vacant, ce qui me plonge dans un état proche de celui des addicts aux drogues dures quand leur dealer est en prison ou en fuite. Ma propre dépendance étant un peu moins forte je m’empresse de vous rassurer sur ma santé, tant physique que morale, qui, à l’image du reste du monde, est dans le même état qu’avant ma coupure informationnelle. En rallumant la radio ce matin, j’ai pu en effet constater que rien ou presque n’avait changé depuis un mois. Ce qui était bloqué l’est toujours, ce qui était bombardé l’est encore tandis que sous nos latitudes cramées par l’été, les candidats à la magistrature suprêmes continuent à se déclarer tels des feux de forêts loin d’être fixés. Dans mon environnement immédiat, les ouvriers qui s’attellent depuis plus d’un an à rénover une maison voisine continuent à percer des parpaings et scier carreaux et autres matériaux avec un entrain aussi enviable que leurs machines sont bruyantes. La vie ne s’est donc pas arrêtée pendant la trêve, sauf comme je viens de l’apprendre pour Philippe Bouvard qui a lâché l’affaire à l’âge vénérable de 96 ans. Je l’avais interviewé quelques fois et bien que n’étant pas particulièrement fan, je garde un souvenir plaisant de ces entrevues ponctuées d’une ironie mordante et d’un sens de l’autodérision rare. Je précise au passage que ces rencontres furent exclusivement téléphoniques et coupe ainsi court à toutes considérations sur notre différence de taille – inversement proportionnelle à celle de notre talent. À propos de téléphone, il y a quand même une chose qui a changé cet été : les appels commerciaux non explicitement acceptés sont désormais hors la loi, ce qui est une très bonne nouvelle. Cela n’a pourtant pas empêché l’un de ces opérateurs inopportuns de chercher à me contacter récemment. Avec une différence subtile toutefois : il m’a laissé un message. Cependant, celui-ci ne contenait nulle phrase intelligible, juste quelques froissements et autres bruits indistincts. Un pocket call commercial dont il reste à espérer qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle tactique d’approche. Pas de craintes superfétatoires cependant, je suis toujours d’un optimisme indéfectible et ça non plus, ça n’est pas près de changer.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.