Mais où sont passés les robots ? C’est la question que nous nous posions hier soir avec une jeune femme qui, comme moi, rentrait de la première journée de Vivatech. Nous étions conviés à la signature du livre d’un ami (dont je vous parlerai sans doute après l’avoir lu) et de concert, remarquâmes que contrairement aux années précédentes, les allées n’étaient pas encombrées de machines au sourire figé tentant assez maladroitement, de donner le change en matière d’humanité. Un camarade croisé sur place m’a pourtant assuré avoir vu un engin dressé pour le Kung-Fu qui effarouchait les visiteurs, mais parti à sa recherche, je ne l’ai jamais trouvé. À la place, j’ai croisé un authentique chevalier du Moyen Âge, tout de fer revêtu, du heaume aux solerets, autrement dit aux chaussures pointues. Un brave garçon bringuebalant avec lequel je n’ai malheureusement pu établir de communication pour comprendre la raison de son accoutrement particulièrement inadapté à l’atmosphère locale. Plus que la température, pas aussi élevée qu’on pouvait le redouter, le brouhaha était tel qu’il était difficile de se faire entendre. Surtout quand votre interlocuteur a les oreilles couvertes de métal. Je laissais donc ce preux quidam pour m’égayer dans les allées au gré de ma curiosité, croisant ici et là amis et connaissances et laissant mes yeux et mes oreilles découvrir ce salon qui, dix ans après sa création reste une énigme pour moi. Cela fait donc une décennie que j’ai interviewé Maurice Levy, alors président de Publicis et depuis toujours fondu de nouvelles technologies sur la manifestation grandiose qu’il s’apprêtait à lancer. Un projet auquel je n’avais rien compris. Non qu’il fût confus, mais le concept était si riche, entre exposition technologique, élévateur de start-up et congrès des sommités mondiales de la tech, que mon cerveau était trop étroit pour en saisir l’ampleur. Et c’est toujours le cas aujourd’hui mais cela n’a aucune importance (sauf en ce qui concerne l’exiguïté de ma pensée, mais c’est un autre sujet). Ce mélange unique de gens venus de tous les secteurs et du monde entier agit comme un bain de jouvence dans un futur prometteur, aussi illusoire puisse-t-il être. La preuve, ces robots qui ouvraient les festivités dimanche dernier au pied de l’Arc de Triomphe ont dû se paumer entre les Champs-Élysées et la porte de Versailles. À moins qu’ils aient été interpellés en chemin par des agents IA. Ça, il n’en manquait pas. Mais ils n’encombraient pas les allées. Juste les conversations.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.