Je rêve d’ascenseur. Dis comme ça, cette affirmation peut provoquer une certaine perplexité chez le lecteur. Je le conçois d’autant mieux que je suis sujet au vertige au point de ne supporter la simple vue de vidéos montrant des files de touristes à l’assaut de l’Everest – où il leur arrive d’y « oublier » leur sherpa. Et pourtant, d’aussi loin que je me souvienne cet appareil fait partie des objets les plus récurrents de mes divagations oniriques sans que je puisse expliquer la raison de cette obsession. Les nombreuses années passées allongé sur le divan n’ont pas permis de résoudre ce mystère qui, il est vrai, ne semblait pas intéresser mon psychanalyste. Quoi qu’il en soit, ces voyages de bas en haut, jouent un rôle important sur la scène de mes songes. Or si je vous fais part de cette bizarrerie assez futile, c’est qu’il m’est arrivé hier de vivre une expérience proche de celles que mon esprit imagine la nuit. J’étais en effet invité à une petite sauterie professionnelle organisée dans des locaux abritant plusieurs agences du groupe Publicis. Je ne sais si vous avez déjà visité de tels lieux, mais ils sont souvent assez spectaculaires. Certes l’époque des ambitieuses cathédrales dessinées par des architectes de renom a été balayée par la dure réalité des considérations financières. Mais de par sa nature, la pub ne peut se laisser aller à l’ordinaire pour accueillir ses clients et ses prospects. De ce point de vue l’immeuble en question répond au critère de l’époque. Si la façade de verre et d’acier se fait discrète dans cette rue cossue du 17ème arrondissement, c’est à l’intérieur que ça en jette. Comme le disent les agents immobiliers, les volumes sont considérables, avec un ensemble organisé autour d’un atrium tout en transparence. C’est donc le long de l’une des faces de celui-ci que je m’élevais dans une cabine entièrement vitrée, profitant de la vue spectaculaire sur les bureaux. Mais alors que nous approchions du sommet, l’engin ne donnait aucun signe de ralentissement. Et c’est ainsi que nous traversâmes le plafond de verre avec ce même sentiment d’irréalité que celui que j’éprouve dans mon sommeil. Sauf que j’étais bien réveillé quoique légèrement déstabilisé lorsque mon hôte m’accueillit en me demandant comment j’allais. Comme dans un rêve, ai-je répondu. En toute sincérité.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.