Crasse. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit lorsqu’il s’agit de qualifier mon ignorance de l’œuvre d’Edgar Morin à qui la République rend hommage aujourd’hui. Je n’ai jamais rien lu de ses écrits, ni retenu quoique ce soit de ses déclarations. Je le regrette car à la lecture de sa nécrologie – la mort des grands sert au moins à cela – j’ai appris que sa philosophie pouvait se résumer – si on peut dire — par l’idée qu’il faut penser la complexité plutôt que simplifier abusivement le réel. Impossible de ne pas être d’accord, le monde qui nous entoure nous le prouvant chaque jour. Mais si je vous entretiens de ce sage personnage, ce n’est pas pour vous faire part de mes tardives découvertes à son propos mais en raison d’un autre titre de l’actualité matinale : la première vague des résultats de Parcoursup. À l’attention de mon lectorat international, je précise qu’il s’agit d’une plateforme de préinscription en première année de l’enseignement supérieur. J’ai échappé à ce système, autant comme élève, ça va sans dire, que comme parent. Et j’en suis assez satisfait à voir le traumatisme qu’il déclenche tous les ans à la même époque. C’est ainsi que j’ai entendu Philippe Baptiste, dont je vous apprends peut-être qu’il est le ministre chargé du dossier, tenter de se justifier face au désespoir des refusés. À la question, « que leur répondez-vous ? », il s’est lancé dans un monologue tarabiscoté assaisonné de statistiques et de digressions, le tout dans une langue administrative du plus beau bois. Un discours propre à décourager les plus optimistes. N’étant en rien concerné, je l’ai fait taire non sans m’empêcher de penser que si j’avais été à sa place – hypothèse hautement farfelue j’en conviens – j’aurais simplement répliqué : « La vie est belle ». Et dans un bel élan lyrique, j’aurais ajouté qu’un seul « non » cache beaucoup de « peut-être », de « pourquoi pas ? » et même des « oui ». Glandeur suprême, feignant devant l’éternel, je n’ai aucune leçon à donner sur la manière de poursuivre des études supérieures. Mais je crois profondément que la curiosité et le sens de l’opportunité, qu’il ne faut pas confondre avec l’opportunisme, sont d’excellents ressorts de la réussite, universitaire ou pas. Et que contrairement à ce que l’on ressent lorsque l’on n’a pas vingt ans, rien n’est écrit et que le chemin est long, tortueux et plein de surprise, pour peu que l’on y soit attentif. Bref, que l’avenir est bien plus complexe et plus prometteur qu’un sec résultat algorithmique. Même si l’on ne vit pas jusqu’à 104 ans.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.