Finalement je ne regrette pas. Certains lecteurs se souviennent peut-être que j’avais voulu poser ma candidature au poste de Pape il y a un an, lors de la dernière élection. Soit que je n’ai pas été baptisé, soit que je ne suis pas croyant ou soit que je suis juif, mon dossier n’avait pas été retenu. Dire que ce fut une surprise serait mentir. J’ai retrouvé ce sentiment que j’avais quand je découvrais mes résultats universitaires. La logique qui voulait que le la note fût catastrophique était tempérée par un fol espoir qui s’écrasait sur le mur de la réalité. Une métaphore foireuse mais qui explique la naissance de la petite boule au fond de la gorge. Mais que l’on se rassure, le malaise est aujourd’hui totalement dissipé. Je ne suis pas fait pour ce poste, je l’ai – enfin — compris ce long week-end en découvrant l’encyclique Magnifica humanitas. Je n’aurais jamais été à la hauteur. Prenez juste le volume ; 105 pages, 250 paragraphes et 39 000 mots. J’ai l’air malin avec mes 448 mots cumulant à peine 2 600 signes en 32 lignes. D’autant que vu le thème du texte papal, – que l’on ne peut qualifier de matinal, je me permets de le faire remarquer – pas question de rallonger la sauce avec de l’intelligence artificielle. Un sujet sur lequel il fait preuve d’une grande lucidité. Loin de vilipender la nouveauté comme auraient pu le faire nombre de ses prédécesseurs, il prend acte de son existence et de certains de ses bienfaits tout en avertissant de ses dangers. Cette position me semble non seulement sage mais aussi d’une modernité assez peu commune dans son secteur, mais je ne suis pas un spécialiste. Ceux qui le sont, rappellent que Léon s’est entretenu récemment avec Claude, enfin plus précisément avec le cofondateur de ce rival du Chat, ce qui peut expliquer son avis tempéré sur la question. Il est également possible qu’ayant été confronté récemment à la vindicte de POTUS et de ses sbires, ce pontife US se soit rallié à l’idée que les machines étaient encore loin d’avoir tous les torts dans les malheurs du monde. D’ici à ce que l’on remplace nos dirigeants plus ou moins compétents par des agents IA, il reste cependant une marge. Je m’en suis convaincu ce matin à l’écoute de la radio. L’heure était celle de cette grande interview politique que j’essaie d’éviter. Faute d’y être parvenu, je rallumais le poste toutes les trois minutes dans l’espoir de tomber sur le bulletin d’info. Mais à chaque fois j’entendais la voix juvénile d’un ancien Premier ministre visant l’échelon supérieur qui commençait une phrase par « Je pense que ». C’est déjà ça.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.