Je crois avoir un don pour les petites phrases. Pas les miennes, étant plutôt adepte des circonvolutions – et des incises mais celles des personnalités politiques que je chope en allumant la radio. J’ai encore fait preuve de cet inutile talent ce matin en entendant cette mâle déclaration : « Nous ne laisserons pas les centres-villes devenir la propriété des bobos ». Face à une telle détermination, j’ai préféré couper ce sifflet dont la tonalité résonnait de manière un peu trop populiste à mes oreilles en cours de réveil. Cependant, n’ayant pu déterminer à qui pouvait appartenir cette voix, je suis allé sur le site de ma radio d’info pour apprendre qu’elle était celle d’un certain Laurent Jacobelli, que je n’avais pas l’heur de connaître. Il s’avère que ce monsieur est député de la Moselle, membre du Rassemblement national dont il est le porte-parole. Ainsi en la lui coupant, la parole, je n’avais fait par réflexe, que mettre en œuvre ma philosophie consistant à préserver aussi bien mon humeur que ma tension artérielle des discours extrémistes. Ce qui n’a pas empêché mon esprit de gamberger sur cette proclamation qui s’inscrivait dans le débat sur la suppression des Zones à faibles émissions. Pour ceux, dont je faisais partie jusqu’à aujourd’hui, qui n’aurait pas suivi ce dossier, ces ZFE à l’intérieur desquelles la circulation de certains véhicules peut être restreinte afin de réduire la pollution de l’air, sont menacées de suppression par un amendement adopté en première lecture à l’Assemblée nationale. Cette précision établie, je rassure le lecteur inquiet en affirmant que je n’ai nulle intention de faire de ce texte matinal une tribune pour ou contre ces territoires réglementés. Habitant une zone à faible densité humaine principalement peuplée de bourgeois plus grands que bohèmes, je ne me sens aucune légitimité pour alimenter ce débat. Une position d’autant plus détachée que mes incursions dans la capitale se font la plupart du temps sur une moto électrique fort peu émettrice, si ce n’est du sifflement de sa courroie de transmission. Hier, toutefois, j’ai eu l’occasion de circuler dans une partie de Paris que je connais si peu qu’il m’arrive de me demander si j’y ai jamais mis les pieds. Ou les roues. Guidé par le GPS, j’ai ainsi serpenté sur les contreforts de Belleville. Nonobstant la difficulté à identifier les voies autorisées à la circulation automobile tout en prenant garde aux nombreux objets roulants aux trajectoires imprévisibles, j’aurais certainement apprécié cette balade si son but n’avait pas été le cimetière du Père Lachaise. Une zone de repos éternel que je fréquente un peu trop souvent ces derniers temps. Et qui n’est pas près d’être supprimée.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.