J’ai pleinement conscience que les apparences ne me sont pas favorables mais je n’y suis pour rien. D’ailleurs on me prête une influence que je suis loin d’avoir. Et non, je n’évoque pas le résultat d’une primaire pas plus que l’agitation lycéenne persistante et encore moins le prix du gasoil. Il s’agit d’une affaire privée et même familiale. Car il est question dans ce dossier de mon petit-fils auquel je voue un amour et une admiration sans limite. Cependant, cet enfant a développé une passion incommensurable pour les voitures, l’un des premiers mots qu’il a prononcé dans les deux langues qu’il parle. Et c’est naturellement vers le grand-père que l’on se tourne pour trouver l’origine de cet engouement suspect pour ces machines envahissantes, polluantes et possiblement obsolètes. Afin de ne pas encombrer inutilement ce texte, je ne développerai pas l’intégralité de mon impeccable ligne de défense me contentant de citer des témoins d’une fiabilité absolue. Les parents de l’enfant désignent en effet un camarade de crèche dont nous préserverons l’anonymat, comme étant le probable patient zéro de cette contamination. C’est en effet lui qui aurait transmis à la descendance de ma progéniture ce virus automobile dont il est vrai que la fréquentation de mon domicile peut constituer un environnement propice à son développement. Cette métaphore médicale n’est quant à elle pas innocente puisque c’est avec mon plus ancien et meilleur ami qu’est née ma propre obsession pour l’auto, sans que l’on puisse toutefois déterminer lequel a inoculé l’autre. Le seul fait avéré est que, dès mon plus jeune âge, j’attribuais aux différents modèles des caractères en fonction du visage que dessinaient leurs phares et leur calandre. Quant au bruit de leur moteur, je les exprimais par des onomatopées. Ainsi traduisais-je par « Bedel Bedel » le chant métallique du bicylindre de la 2 CV. Faute de m’être accrédité au Mondial de l’Auto – pour la première fois depuis des années, preuve que la fièvre peut s’estomper – c’est sur le web que j’ai découvert les lignes assez séduisantes de la version revisitée de cette icône. J’ignore quel son artificiel les ingénieurs de Citroën ont prévu pour ce revival électrique de la Deuche mais je suis prêt à discuter de la cession de mes droits.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.