Je me demande si je ne vais pas porter des lunettes noires ce soir. Je vous arrête tout de suite ! N’entrevoyez nulle allusion et encore moins d’allégeance à un haut personnage de l’État. Présent ou passé. D’autant que j’ai remarqué que depuis la rentrée, le sujet est devenu particulièrement sensible, à voir le nombre de commentaires – et le ton de certains d’entre eux – que suscitent parfois mes textes. Qu’il soit donc clair que je ne cherche à singer personne. Je ne suis que la victime d’une attaque particulièrement lâche de la part d’un insecte non identifié qui, alors que mes mains étaient occupées à extraire des sons à peu près harmonieux de mon instrument de musique, m’a piqué la paupière gauche. Sur l’instant, je n’ai ressenti qu’une légère gêne qui ne justifiait pas l’interruption de mon jeu douteux. Ce n’est que quelques instants plus tard que je commençais à ressentir quelques désagréables picotements tandis que la zone touchée commençait à enfler. Mais ce matin, alors que je me rasais sans penser à quelque destin national que ce soit, je constatais que la partie supérieure gauche de mon visage ressemblait de plus en plus à celle d’un boxeur à la fin du troisième round. C’est alors que je me souvenais que je devais assister le jour même à une cérémonie de remise de prix et que mon apparence faciale risquait de détonner au sein de l’assemblée. D’où l’hypothèse de cacher derrière des verres fumés l’indésirable protubérance rosâtre. Cette option n’est cependant pas sans inconvénients parmi lesquels le risque que l’assombrissement de mon champ de vision accentue ma tendance à la prosopagnosie. J’en profite pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’une affection cutanée contagieuse mais d’un trouble neurologique de la reconnaissance des visages, autrement appelé cécité faciale. Le principal effet indésirable en ce qui me concerne est l’affichage d’un sourire niais devant la personne non reconnue. Si vous ajoutez que ce rictus s’étale sur une tronche évoquant celle d’Elephant Man, vous comprendrez sans doute mes préoccupations matinales. Lesquelles sont peut-être un peu exagérées, j’en conviens. Après tout, l’affaire peut se dégonfler d’ici là. Le pire n’est jamais sûr. C’est aussi ce dont j’essaye de me convaincre en écoutant les infos. Sans trop y croire.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.