Incongrue. Je ne trouve pas d’autre qualificatif pour décrire cette scène. Nous sommes samedi, le temps est idyllique, le soleil joue avec le feuillage, les oiseaux gazouillent et l’herbe n’en finit pas de pousser, sauf sur mon terrain. C’est à l’instant où nous en sortons en famille que s’affiche devant nos yeux un curieux tableau. À une dizaine de mètres du portail, une moto est posée sur sa béquille dans l’allée qui traverse la pelouse municipale, ce qui est en soi inhabituel, cette voie étant strictement interdite aux véhicules à moteur. Devant l’engin, un homme assis semble observer la mécanique, comme si celle-ci présentait un problème. Un autre personnage est debout, l’oreille collée à son portable, en grande conversation. Deux amis s’étant perdu avant de connaître une panne impromptue ? À moins qu’il ne s’agisse d’un vendeur de deux roues d’occasion et de son acheteur soupçonneux. L’espace d’une seconde ou deux, ces hypothèses me traversent l’esprit avant que je constate que celui qui est à terre a les mains dans le dos. Liées par des menottes. Quant à son comparse, il n’en est pas un. Au contraire, en l’observant plus attentivement, j’aperçois un brassard orange frappé du mot « Police », inscrit en noir. À ses pieds gît une trottinette, probablement électrique. Drôle d’endroit pour un fait divers. La dernière fois que j’avais vu un motard des forces de l’ordre poursuivre un suspect de vol à l’étalage, c’était en sortant de l’immeuble dans lequel j’habitais alors, à proximité du carrefour Barbès Rochechouard, il y a près d’une quarantaine d’années. À cette époque et en ces lieux, de tels événements étaient sinon quotidien en tout cas assez courants. Mais là ! Dans ce paisible décor peuplé de demeures bourgeoises, ces deux personnages détonnaient singulièrement. Par quels détours étaient-ils arrivés et que leur advint-il ? Désolé cher lectrice, désolé chère lecteur : je n’en sais et n’en saurai jamais rien. Interloqués par ce spectacle dont nous peinions à reconstituer le sens, nous continuâmes notre chemin sans interférer dans ce mystérieux scénario dont les acteurs avaient disparu à notre retour. Cet impromptu restera donc sans explication ni conclusion. Si ce n’est peut-être que le réel s’invite parfois juste derrière la porte. Faut-il s’en inquiéter ? Peut-être. Mais moins que des drames qui enflamment notre vaste monde. Loin de mon jardin.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.