« Bienvenue au club ». C’est la réponse que j’ai faite à un ami qui, s’excusant de n’avoir répondu plus tôt à un message faute d’avoir appuyé sur le bouton « envoi » m’expliquait qu’il devenait gâteux. Or non seulement il ne l’est pas – frappé par un grand malheur, il a de très bonnes raisons de ne pas être dans son assiette – mais il s’adressait à un maître en la matière. Car quelques heures plus tôt, ayant reçu une autre alerte sur mon téléphone, j’ai fait preuve d’une capacité d’oubli tout à fait remarquable. Le SMS, envoyé par la société Colissimo, m’informait de l’arrivée imminente de mon colis. Le problème est que je n’avais aucun souvenir d’avoir commandé quoi que ce soit qui puisse m’être adressé par cette voie. Rendu soupçonneux par le climat anxiogène de notre époque, j’allais jusqu’à envisager une opération aussi subtile que malhonnête. Cependant, outre le fait que le message semblait authentique, la finalité d’une fausse livraison, voire de la création d’un bureau de poste fictif, m’échappait. Aussi oubliais-je rapidement mes craintes. Jusqu’à ce que le vrai coursier sonne pour m’apporter un petit ouvrage de Lewis Trondheim, le dessinateur de Lapinot dont la poésie surréaliste m’enchante et que j’avais bel et bien acheté en ligne. J’avais alors cédé à une pulsion irrésistible autant que fugace au point de tomber dans le puits sans fond de ma mémoire. Ce n’était cependant que le premier d’une longue liste d’absences qui ponctuèrent ce week-end et que j’éviterai de détailler, tant pour épargner le lecteur que par souci de conserver un brin de dignité. Ce qui ne m’est pas sorti de l’esprit en revanche, c’est ce conte dont je vous avais narré les détails il y a quelques semaines. Il mettait en scène à un artisan au visage enfantin qui, après moult rendez-vous manqués, avait fini par réparer le pied d’une table de jardin attaqué par la rouille. Une histoire à rebondissements dont le dernier s’est produit ce dimanche lorsque la soudure laborieusement obtenue céda dès la première utilisation. Ayant bien sûr égaré les coordonnées de l’artisan dont seul le joli prénom, Zéphyr, m’est resté en tête, j’ai renoncé à toute forme de réclamations. Car s’il est vrai que le gâtisme, lorsqu’il est avéré, n’excuse pas le bellicisme, l’oubli, peut aussi avoir ses vertus. Quand il est volontaire.
PS : Afin de préserver les capacités intellectuelles de l’auteur, celui-ci s’est promis de ne pas oublier de vous informer qu’il suspend la publication de ses textes jusqu’à lundi prochain. Sans faute.
