« Vous avez planté des fleurs ? » m’a-t-elle demandé. « Non, des lampes », lui ai-je répondu. Elle, c’est ma femme de ménage. L’autre, c’est l’hurluberlu qui se rend dans une jardinerie pour y acheter des éclairages solaires. C’est ainsi. Notre répartition familiale est telle que lorsque ma femme chine entre les pots de vivaces, les plants et les graines, je m’attarde devant le rayon des lumières d’extérieur. Une passion qui s’est fait jour – si on peut dire – il y a quelques années avec des papillons et libellules qui s’illuminaient de couleurs changeantes à la nuit tombée. Puis de fil électrique en aiguilles à planter dans le sol, je me suis intéressé aux projecteurs éclairant les bosquets, mais surtout aux guirlandes de fines et minuscules ampoules LED. Le plaisir réside dans l’idée que l’on se fait du résultat, dans l’attente du crépuscule pour voir ces lucioles s’éclairer. C’est assez vain et enfantin, mais très satisfaisant. Cependant cette innocente marotte se trouvait entravée depuis quelque temps par le changement d’assortiment de mon fournisseur habituel chez qui mes rouleaux favoris avaient disparu des linéaires. Il aurait certes été possible d’en commander sur quelques sites plus ou moins lointains, mais ma passion n’est pas telle qu’il faille affréter des avions-cargos pour l’assouvir. D’autant que la providence, dans son infinie bonté, me fit découvrir une nouvelle boutique à deux pas, ou presque, de chez moi. Raison pour laquelle j’ai pu reprendre mon jardinage électrique hier après-midi. Un petit bonheur renforcé par l’amélioration de la qualité des capteurs, laissant supposer une augmentation de la durée d’éclairage. Est-ce la raison pour laquelle les prix sont également en hausse ? Possible. Mais on ne peut pas exclure que le détroit d’Ormuz y soit étranger. Car je ne suis pas sûr que l’on ait encore pris toute la mesure de l’étranglement de ce passage vital. J’ai ainsi appris ce matin que le lait, le fromage et autres yaourts allaient augmenter en raison des tensions moyen-orientales. Non que les vaches doivent emprunter le golfe persique pour se faire envoyer paître en Normandie, mais parce que le premier groupe mondial du secteur y perd de l’argent. Et c’est ainsi que le président de Lactalis a benoîtement annoncé que son groupe allait « répercuter » les coûts de la guerre tout en assurant vouloir « minimiser cet impact en fonction des catégories » de produits. Comme ces choses sont délicatement dites. Il croit vraiment que ça va passer crème ?

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.