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Plus qu’imparfait

Soudain, je suis tombé en arrêt, comme fasciné par un immeuble de la banlieue parisienne. Rien pourtant dans son architecture n’est remarquable, quant à son état n’en parlons pas. Ou plutôt si, parlons-en. Il est lamentable. Les fenêtres sont obstruées par des parpaings, la façade lépreuse est couverte de tags tandis que des déchets divers s’accumulent au pied de ses murs. Un taudis de quatre étages. Peut-être un ancien squat et sûrement un bâtiment promis à la destruction. D’ailleurs elle a déjà eu lieu. Car il s’agit d’une maquette réalisée par un artiste incroyable. Il s’appelle Nicolas Pierre et réalise depuis des années des répliques en réduction de tels décors avant qu’ils ne disparaissent du paysage pour être remplacés par de pimpantes élévations conformes aux standards de l’urbanisme modernes. Je ne connais pas personnellement ce garçon mais je vois quasi quotidiennement son travail sur mon fil Instagram, poussé par l’algorithme qui a compris ma passion pour la réduction. Naturellement, celle-ci s’est d’abord manifestée avec les autos avant de dériver vers les trains et leurs paysages urbains. Je découvre ainsi au gré de ma navigation horizontale des artistes dont le talent pour rendre réel le plus banal des décors ne cesse de m’intriguer. Je peux ainsi perdre mon temps – qui n’est pas très précieux il est vrai – à observer ces miniaturistes patiner des objets pour les rendre plus crédibles. Tout comme enfant je pouvais passer des heures le nez collé sur la vitrine du Paquebot Normandie, fameux magasin de jouets aujourd’hui disparu, je contemple ces réalisations minutieuses dans lesquelles le plus important est le détail qui fâche. La tâche, la faille, la rouille qui crédibilise la scène. Hier pourtant, cette obsession de l’imperfection s’est trouvée entravée par le spectacle que j’ai eu sous les yeux. Invité à assister à une cérémonie de remise de prix, j’ai passé une bonne partie de la soirée assis dans la salle des fêtes de l’hôtel de Lassay. Celui-ci est la résidence du président de l’Assemblée nationale, lequel est aujourd’hui une femme, Yaël Braun-Pivet. Et c’est peu dire qu’elle est bien logée. Alors que j’écoutais les discours, mon regard ne pouvait s’empêcher de se promener sur les ors et décors de cette somptueuse demeure. Cependant, malgré une observation attentive, je n’ai décelé nul défaut. Pas une fissure, pas une coulure, pas une ampoule qui ne manque sur des lustres qui en comptent pourtant des dizaines. Le désespoir de mes amis maquettistes. Mais un enchantement pour l’œil. Et pour le citoyen. Qui constate qu’il y a des choses qui marchent dans la République.