Ça sent bon. Mais ça ne va pas durer. Merci de prendre note que cette entrée en matière ne contient aucune substance métaphorique génétiquement transformée et qu’elle est exclusivement composée d’observations factuelles d’origine naturelle. Cette réflexion est simplement celle que je me suis faite hier soir en fermant les volets de ma maison, alors que la nuit tombée, la flore exhalait ses parfums printaniers. Une satisfaction olfactive renouvelée ce matin en effectuant la manœuvre inverse et que cette fois-ci, c’est la douceur matinale qui a permis à de délicieuses odeurs éphémères de s’exprimer. Un peu de poésie facile ne nuit pas, et comme précisé en introduction, il n’y a aucun risque d’addiction. Selon les augures météorologiques, la chaleur exceptionnelle dont nous profitons depuis quelques jours n’est en effet que très provisoire, diverses dégradations étant annoncées pour les jours à venir. Je n’irais pas jusqu’à prétendre que je m’en réjouis, mais je dois reconnaître que cela m’arrange plutôt sur le plan rédactionnel. Comme chacun le sait bien, les journalistes n’aiment pas les trains qui arrivent à l’heure et il en est de même pour la fraction de cette profession chargée d’éditorialiser l’air du temps. C’est bien beau de disserter sur les effluves naturels des plantations en fleur, mais encore faudrait-il être un peu plus précis pour détailler les nuances de leurs essences. Or, malheureusement, je suis parfaitement incapable de décrire ce que mes nasaux perçoivent. La probable conséquence du blocage d’un quelconque détroit mental qui empêche mon cerveau d’appréhender autant que de traduire la subtilité de ces sensations. Qu’il s’agisse d’un parfumeur – grâce à mon métier j’ai croisé quelques fameux nez – ou d’un simple caviste comme celui que je fréquente hebdomadairement, leur discours m’est absolument abscons. Quant à leur expliquer quelles saveurs m’émeuvent, n’en parlons pas. Ce n’est certes pas un handicap de nature à me faire délivrer une carte mais il faut reconnaître que c’est assez frustrant de ne pouvoir exprimer précisément mes émotions gustatives, notamment auprès du marchand de vins. Un garçon aimable et serviable et d’une grande compétence puisqu’en dépit de mes insuffisances, il arrive à interpréter sans faute mes désirs. Preuve que même avec un pauvre vocabulaire, il est possible d’être compris. Pour peu que l’intention soit bonne.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.