Je me sens exposé. Rien à voir avec de sordides déclarations de jeunesse. Mon souci est beaucoup plus banal ce qui ne l’empêche pas d’être très embarrassant. Car il se trouve que depuis hier, ma pudeur corporelle est quelque peu mise à mal par la trahison de la jalousie de ma salle de bains qui s’est effondrée tel un vieux château de cartes poussiéreux, laissant la pièce au vu de tous. C’est du moins l’impression que j’en ai lorsque je m’y mets à nu, comme il est d’usage en ces lieux. Il s’agit pourtant plus d’une illusion que de la réalité, tant l’épaisseur de la frondaison des arbres à l’entour met les fenêtres de cette maison à l’abri des regards indiscrets. Mais rien n’y fait. Depuis cet incident, j’ai la désagréable sensation d’être exposé dans mon simple appareil à la vue des passants pour mon plus grand désagrément. Je devrais pourtant être habitué à ce déshabillage public car après tout, je ne vous cache rien de ma vie quotidienne. Il y a même quelque chose d’épatant à constater que ce train-train puisse intéresser quelques-uns. Dans ce cas précis, cela présente cependant quelques avantages. Ainsi ai-je eu le plaisir de retrouver une amie avec qui nous nous étions manqués lors d’une récente soirée. « C’est en lisant ton édito que j’ai compris que tu étais là », m’a-t-elle ainsi déclaré. Le genre de phrase que j’entends assez souvent et qui me permet, non seulement de mesurer mon audience à défaut de ma popularité (je n’y reviendrai pas ce matin), mais surtout de garder les pieds sur terre. Car cette transparence m’oblige à m’en tenir à la vérité au risque de me voir opposer mes écrits. Certes, je peux me tromper tout comme il m’arrive de simplifier des situations au profit de la fluidité du récit. Mais fort rarement d’enjoliver et encore moins d’inventer. Les faits, les mots et les écrits sont toujours assumés. Cela évite de démentir d’anciens errements en surjouant la candeur désarmante de l’enfant pris sur le fait. Il est vrai que de telles polémiques témoignent surtout de la hauteur – si on peut dire — du débat public dont le niveau est parfois proche de celui d’une cour de récré. Comme celles des lycées bloqués par des élèves, eux-mêmes encouragés par des députés. Sans pudeur.

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Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.