Vous avez remarqué ? Dans l’image artificielle qui illustre ce texte, il y a une vraie photo. Qui est elle-même prise en photo par une personne qui est photographiée. Pas absolument évident à suivre j’en conviens, mais l’exercice m’a amusé autant qu’il m’a réconcilié avec l’humanité. Pas moins. Car le cliché primaire, celui qui est saisi deux fois, est l’œuvre de Martin Parr dont je suis allé voir l’expo hier au musée du Jeu de Paume. C’est très beau, très réjouissant, parfois très drôle. Les images sont souvent crues mais jamais cruelles. Cela étant posé, n’attendez pas ici d’autres considérations sur cette œuvre ou sur son auteur, n’ayant aucune compétence en matière de critique d’art. Je vous encouragerais bien à aller vous en rendre compte par vous-même mais l’exposition se termine à la fin de la semaine et vu la difficulté que j’ai eue à dénicher une réservation il y a déjà quelque temps, je crains que cela ne soit plus possible. À moins peut-être d’accepter de faire la queue, ce qui semble être une option. Cette affluence est d’ailleurs le cœur du problème. En effet, si les lieux sont lumineux et l’accrochage astucieux, la foule qu’on laisse rentrer rend la visite assez acrobatique. Certains couloirs sont si étroits qu’il est aussi difficile d’y circuler sans bousculer un visiteur. Mais c’est le lot de la plupart de ce type d’événement et je m’en plains d’autant moins que ma taille en amoindrit les désagréments. D’autant que ce n’est pas la densité de l’assistance qui m’a contrarié mais son comportement. Oh là encore, rien de très nouveau mais le vieux con qui réside quelque part en moi ne peut s’empêcher de pester in petto à la vue des smartphones tendus à bout de bras devant chaque cadre. Peut-être est-ce parce que je viens d’une époque où des pictogrammes représentant un reflex barré étaient affichés dans chaque salle, mais le fait est que la vue de quidams capturant sans vergogne le travail d’un artiste ne me laisse pas indifférent. Ou pour le dire plus franchement, cela m’énerve passablement. Mais comme ce ressentiment est aussi vain que stérile, j’ai décidé de sortir à mon tour mon appareil pour capter les capteurs. Un petit jeu idiot qui demande précision et agilité, deux qualités dont je suis dépourvu. J’ai néanmoins réussi à saisir quelques sujets à peu près satisfaisants. Pas de quoi être fier ni en faire une expo. Juste un petit post apaisant.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.