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Pas trop dur

Ce n’est pas mon exercice préféré, ni le plus aisé, mais il est des impératifs auxquels on ne peut se soustraire. Aussi me vois-je contraint de faire un léger rectificatif au texte publié hier. En effet, la phrase : « Heureusement que ce genre de journée n’arrive qu’une fois par an » n’est pas tout à fait exacte. Car j’ai la chance d’être entouré de gens formidables tout au long de l’année. Et je ne parle pas des retardataires qui m’envoient ce matin des messages un peu contrits auquel je réponds avec la sage bienveillance de l’homme comblé. Cette précision apportée, il faut bien avouer que ce jour printanier en plein hiver fut absolument remarquable, et pas seulement sur le plan météorologique. Après avoir reçu tant de beaux témoignages, un cadeau si enthousiasmant qu’il faudra lui consacrer une chronique spécifique, la soirée s’est en effet terminée en apothéose. Ou plus exactement au théâtre pour y voir la dernière adaptation en date d’Art, une pièce de Yasmina Reza avec François Morel, Olivier Saladin et Olivier Broche. Ce trio d’anciens Deschiens interprète une bande de vieux potes qui s’écharpent autour d’un tableau entièrement blanc acheté à prix d’or par l’un d’entre eux. Une réussite. Mais surtout, il ne pouvait pas y avoir de meilleure manière de conclure cette journée éclairée par l’amitié. Car c’est d’elle, de ses racines et – surtout — de sa fragilité dont il est question à travers les répliques aussi drôles que cruelles. Le ton est léger mais le fonds est violent et par-delà le plaisir, on ne peut s’empêcher de se demander si ce qui nous fait rire sur les planches nous ferait pleurer dans la vie quotidienne. Eh bien je ne le pense pas. Au contraire de ces personnages qui se déchirent face à une œuvre discutable, je crois pouvoir affirmer que je n’aurai jamais ce type d’échanges avec mes amis, les vrais, les anciens comme les plus récents. Nous ne sommes pas tout le temps d’accord sur tout, et heureusement. Mais le lien qui nous unit n’est pas seulement tissé avec nos goûts ou nos avis communs et les sentiments sont plus importants que les différends. Une morale certes un peu mielleuse pour conclure cette journée lumineuse. Mais pas parfaite. Car si j’ai applaudi debout, c’est aussi parce que mon séant ne tenait plus sur le strapontin dont le coussin n’était plus qu’un souvenir lointain. Mais après tout, un peu de dureté dans tant de félicité ne gâche pas le tableau. Blanc ou pas.