Je vous préviens, si vous lisez ce texte plus tard que d’habitude, c’est un peu de votre faute. Mais je ne vous en veux pas, bien au contraire. À chaque fois que je commence à écrire, un nouveau message d’anniversaire arrive sur l’un ou l’autre des nombreux canaux de communication. Et j’ai à peine le temps de répondre que d’autres pastilles rouges s’affichent sur l’écran de mon smartphone qui clignote comme un arbre de noël. Je ne vous cache pas que toutes ces attentions me font très plaisir et je vous en remercie du fond du cœur. Mais je n’oublie pas non plus mes amis du commerce qui m’abreuvent de mails et SMS tous plus sympathiques les uns que les autres. Là c’est l’organisateur d’une course automobile qui m’envoie ses vœux accompagnés d’une invitation à visiter la boutique, ici une compagnie aérienne dont le cadeau de 50 (cinquante) euros européens me donne une irrésistible envie de tout lâcher pour voyager vers l’autre bout du monde. Et je passe sur les chausseurs, les vendeurs de moto ou d’ampoules électriques. C’est simple, cette avalanche de bienveillance est telle que j’ai dû répondre trois fois ce matin « STOP » au 32 00. Heureusement que ce genre de journée n’arrive qu’une fois par an, mon cœur pourtant solide, n’y résisterait pas. Et mon portefeuille non plus. Cependant, à cette réserve commerciale près, ne voyez aucune ironie dans mon propos du jour. Je suis profondément touché et ému par toutes ses manifestations d’amitié qui m’aident à oublier que cet instant, aussi agréable soit-il, est la marque d’une nouvelle borne sur une route qui n’est pas sans fin. Mais il se trouve également que par une horrible coïncidence, cette date est aussi celle depuis quatre ans, du début de la guerre en Ukraine. J’ai donc déjà dû par trois fois, tristement ironiser sur ce sinistre cadeau préparé par un satrape sanguinaire à qui je n’avais rien demandé. Depuis la situation ne cesse de s’enliser et je crains qu’il ne se passe encore d’autres 24 février avant que l’on puisse en parler au passé. Pourtant, vous le savez, je suis un pessimiste à court terme et optimiste sur le long et c’est pourquoi je veux croire que ces horreurs prendront fin sans que ceux qui les ont déclenchées n’y gagnent quoi que ce soit. J’admets que l’on puisse qualifier cette croyance de naïve mais après tout, malgré les années qui passent, les rides qui se creusent et les cheveux qui grisonnent avant de s’évader, je suis toujours un enfant avec la tête dans les nuages. Juste un peu plus vieux qu’il y a 67 ans.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.