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Guerre des peluches

Je n’apprendrai à personne que je porte des chaussettes rouges. Si ? Bienvenue aux nouveaux alors. Et pardon pour cette introduction immodeste en cette veille de Saint Modeste jour qui se trouve être celui qui me vit le voir. Le jour, pas le saint. Celui-ci était l’évêque de Trèves au temps du roi Clovis ce dont il ne tirait apparemment nulle fierté. Mais trêve, justement, de digressions, revenons à nos chaussettes. Ou plutôt aux miennes dont la couleur est unique mais les matières variées. Car avoir le pied carmin été comme hiver nécessite de passer du fil d’Écosse à la laine, ce qui est moins aisé qu’il n’y paraît. En effet, autant les tissus légers sont désormais relativement courants, autant les chausses pourpres et laineuses sont plus rares et par conséquent chères. Aussi lorsqu’il y a quelques années, je découvris dans une chaîne de grands magasins de centre-ville, un filon de modèles à la teinte éclatante et dont la texture promettait une chaleureuse volupté, je n’hésitais pas à faire une razzia sur les rayons. Chaudement habillées pour l’hiver, mes extrémités inférieures rougissaient de bonheur. C’est au premier lavage en machine que ma félicité fut quelque peu voilée. En effet, une partie non négligeable des fils de laines s’était agrégée en petites boules pour aller se coller sur le reste du linge – majoritairement noir – évoluant dans le tambour. Désagréable expérience qui me conduisit à recourir à diverses méthodes et subterfuges pour qu’elle ne se reproduise plus. Je vous épargne les détails de cette guerre des peluches que j’estime avoir quasiment gagnée. La nuance est d’importance car si ma lessive n’est plus constellée de petits points carmin, ces agglomérats n’ont pas disparu. Ils se posent sur le sol de la salle de bains, s’insèrent dans les tapis, s’accrochent à un bonnet ou se cachent dans un col. Une invasion insidieuse. Un peu comme celle de ces documents venus d’outre-Atlantique qui ne cessent de répandre leur poison, collant aux basques de personnalités et d’institutions au fil de l’exhumation de mails du criminel. Après avoir compromis un ancien ministre et quelques autres, voilà qu’il s’avère que l’odieux personnage avait un compte dans la même banque que la mienne. Aucune chance que j’aie pu le croiser dans mon agence. Mais au train ou vont ces révélations, j’en suis à craindre d’apprendre un jour de terribles choses sur la couleur de ses chaussettes. Ça me foutrait les boules. De laine.