Je vais finir par croire que je suis néfaste. À moins que je sois un exceptionnel porteur de poisse, ce qui n’est pas mieux. La question me taraude car une fois de plus, un écrivain dont je suis en train de lire l’un des livres est passé à trépas. Après Paul Auster, Russell Banks et d’autres, c’est Peter May, auteur d’une pelleté de romans policiers, qui est mort avant-hier. Or j’ai découvert son œuvre il y a peu et elle m’a suffisamment séduit pour que je reparte cette semaine avec lui dans les îles Hébrides. Un bout de terre qui se trouve au large de l’Écosse et dont le rude climat était particulièrement propice au rafraîchissement de l’esprit au cours de cet été sans fin que nous venons de vivre. Mais là n’est pas le propos du jour. D’une part parce qu’il flotte enfin et de l’autre – et la plus importante — parce que cette nouvelle coïncidence funeste n’est pas de nature à me satisfaire. Je m’en voudrais terriblement d’être le fossoyeur de la littérature et cela m’amène d’ailleurs à réitérer d’immenses conseils de prudence à mes amis et connaissances qui œuvrent dans ce domaine. Moi qui ai rêvé enfant d’être doté de superpouvoirs, ce serait quand même dommage que le seul qui m’ait été échu soit de faire disparaître mes romanciers préférés. Cette dernière précision est d’importance car imaginez que cette terrible capacité s’étende à l’ensemble des bouquins susceptibles de tomber sous mes yeux. Un désastre de plus dans une actualité qui n’en manque pas. Oh bien sûr, le monde est ainsi fait que certains pourraient me suggérer des ouvrages à des fins condamnables. Un candidat pourrait ainsi voir se dégager le chemin vers la magistrature suprême en me confiant la littérature (?) électorale d’un adversaire. Ma morale me l’interdirait d’autant plus facilement que certains écrits de jeunesse ont un pouvoir de destruction de réputation au moins aussi efficace que le supposé mien. Lequel pourrait cependant aider à distinguer l’humain de l’artificiel. Mais ce serait encore pire puisque ne survivraient que ceux qui n’ont pas écrit de leur main, laissant le champ libre aux seules machines supposément intelligentes. Pas d’inquiétude cependant, ça n’arrivera pas. Tout cela n’est que fiction, n’est-il pas ?

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.