Je me demande si je ne vais pas porter plainte. Contre ma station de radio d’infos. En effet, à cause d’elle j’ai failli me blesser très gravement. Exposé des faits. Alors que je terminais ma toilette en même temps que s’achevait le journal, l’animateur annonça le nom de l’invité de la grande interview matinale. Or celui-ci se trouve être un ancien journaliste qui fut candidat à l’élection présidentielle avec un résultat pitoyable ce qui ne l’empêche pas de se présenter à nouveau. Le fiel sans fin qui caractérise son discours par ailleurs totalement inepte ne m’étant pas supportable, mon instinct me commanda de couper le son avant que cet énervant énergumène ne prenne la parole. Aussi me précipitais-je hors de mon bac de douche et perdais l’équilibre. Par chance, je ne l’avais pas égaré bien loin et me rétablissais de justesse évitant une catastrophe majeure, aussi bien pour mon intégrité physique que pour le mobilier de ma salle de bains. Un préjudice majeur dont on m’opposera qu’il est non seulement hypothétique mais inaccompli. Certes mais il n’en demeure par moins un traumatisme causé précisément par cette hypothèse, sans compter le choc émotionnel. D’où ma tentation de me tourner vers la justice. Cette idée m’est d’ailleurs venue à l’écoute du bulletin d’infos précédant l’incident susmentionné. La quasi-totalité des sujets concernant notre pays, politiques, économiques ou sociétaux, se caractérisaient par des actions judiciaires de natures diverses. Il y a bien sûr des vedettes démodées accusées d’affreuses turpitudes, mais aussi des animateurs périscolaires sur la sellette, d’anciens Premiers ministres sur le retour, jusqu’à l’État à qui l’on reproche son inaction. À croire que tous les problèmes de la société, passés, présents et peut-être même futurs, peuvent se trancher devant les prétoires. Une boulimie qui n’est pas innocente dans la lenteur de la justice mais qui n’est que rarement motivée par l’appât du gain, contrairement aux pratiques d’outre Atlantique où les avocats font de la pub pour inciter les clients à réclamer de l’argent à tout bout de champ. Ici, c’est le droit qui nous motive. Et cela me fait regretter d’avoir abandonné aussi rapidement mes études dans cette matière. Je devrais peut-être ester contre mes anciens professeurs – et leurs descendants — pour n’avoir su me transmettre leur savoir. Et ainsi tué dans l’œuf une fructueuse carrière de défenseur universel.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.