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Flemme enflammée

J’aurais pu faire la queue. Mais j’ai préféré faire du feu. Ainsi pourrais-je résumer mon week-end. Pour ce qui est de mon choix, mes lecteurs franciliens et frigorifiés le comprendront aisément. Ayant opportunément fait ramoner la cheminée il y a peu après des années de procrastination, l’occasion était parfaite pour tester l’âtre. Nous ne fûmes déçus ni par la chaleur, ni par l’odeur. Un petit bonheur que de se laisser hypnotiser par la danse des flammes tout en jouissant de sa douce flemme. Oui mais la queue ? Ça, c’est une autre histoire. Celle des centaines de quidams qui la firent dans le froid et sous la pluie dans l’espoir d’acquérir une montre, fruit de la collaboration entre la populaire Swatch et l’élitiste Audemars Piguet. Un mariage incongru qui a cependant déclenché une hystérie chez les amateurs et les spéculateurs. Bien que n’appartenant pas à cette dernière catégorie, il se trouve que je possède quelques exemplaires de la plus économique des deux marques et qu’il y a bien longtemps, je fis la connaissance des dirigeants de la seconde à l’occasion du lancement d’un modèle aussi sophistiqué qu’hors de prix. C’est donc à ce double titre que j’eusse pu être tenté par leur création commune. Mais faute d’avoir été au parfum, je n’ai découvert que tardivement cet objet du désir, lequel ne correspond ni à mon goût ni à mes couleurs. Mais il est vrai que ces considérations esthétiques n’étaient pas non plus celles des acheteurs de la première heure, prêts à tout, y compris à affronter les forces de l’ordre. En écoutant la radio ce matin, j’ai appris qu’il existait des places de marché secrètes (qui ne doivent donc pas l’être tant que ça) sur lesquelles toutes sortes de produits exclusifs, collectors et en édition limitée se négociaient avec les mêmes règles que celles qui s’appliquent au baril de Brent. Au moins les vendeurs ont-ils acquis leur marchandise légalement contrairement à ce gang qui s’est emparé d’une vingtaine de voitures de luxe dans un parking parisien. Un bunker souterrain supposément ultra-sécurisé dans lesquels ils sont entrés aussi facilement que des montes en l’air au Louvre. Là encore, il s’agit d’objets voyants et bruyants qui ont tout pour me séduire et me laissent pourtant indifférent. Ne voyez pas dans cette attitude un quelconque dédain pour le luxe. Juste un manque d’attrait pour le clinquant auquel je préfère le craquement. Celui des braises, pas des breloques.