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Dos mineur

On aurait dit Old Timer, le personnage récurrent de vieillard des bandes dessinées de Lucky Luke. L’image n’est pas de moi mais de l’ami avec lequel j’ai assisté hier soir à un concert de John Scofield. Comme il y a quelques chances que ce nom ne dise rien à une partie du lectorat, je m’autorise à préciser que ce monsieur est un immense guitariste de jazz qui a notamment joué avec Miles Davis. C’est d’ailleurs lors d’un concert de ce dernier que je l’avais découvert. Comme le prince de la trompette, Scofield joue chaque note comme un morceau entier et respecte le silence qui les sépare. Autant dire que nous avons passé un bon moment dans la salle du New Morning. Ce haut lieu du jazz a pour particularité d’avoir un bar qui reste ouvert pendant le concert ce qui n’est pas sans conséquence sur le comportement de l’assistance. Ainsi pendant toute la durée du show, un petit groupe de convives s’est totalement désintéressé du spectacle au point que l’un d’entre eux n’a pas daigné jeter un coup d’œil à la scène. Peut-être était-ce une forme d’hommage au grand Miles qui tournait souvent le dos à son public, non par mépris mais par dévouement à son instrument. J’en doute et pour tout dire, je trouve ce comportement aussi minable qu’incompréhensible. Quel peut être l’intérêt d’acheter une place de concert pour s’en détourner au profit de sa bande de potes avec qui on aurait aussi bien pu boire un coup dans un troquet à l’entour ? Mystère. Un peu plus tôt dans la journée, j’étais tombé sur une vidéo montrant le président de la République française interrompre une table ronde lors d’un sommet à Nairobi pour demander à l’assistance – composée de chefs d’entreprise et d’État – de respecter les personnes se trouvant sur scène en cessant de bavarder dans la salle. Je n’ai pas osé faire de même n’ayant ni l’autorité ni l’aura nécessaire. Cela aurait été de toute façon inutile, rien ne semblant de nature à entamer la bonne humeur du sémillant jeune homme dont les 74 printemps n’ont aucune conséquence sur sa virtuosité. Un constat assez rassurant pour l’auteur de ces lignes, bien piètre instrumentiste à côté de ce géant. Sans avoir l’ambition ne serait-ce que de l’approcher, faute de talent, au moins puis-je espérer continuer à progresser. J’ai néanmoins un grand avantage sur lui. Personne ne vient papoter dans mon dos quand je m’échine à suivre une mélodie. Et j’ai encore un peu plus de cheveux que lui sur le sommet du crâne. On se console comme on peut. C’est l’essence même du blues.