Si l’accroche qui suit ne fait pas exploser mon audience, c’est à désespérer. Car chers amis, pour la première fois, je vais vous dévoiler en direct un poisson d’avril. Pas le plus fin, certes, mais c’est ce que j’ai trouvé de mieux parmi mes courriers électroniques, non pas ce matin, mais avant-hier. Car oui, ce mail me prévenait d’une information destinée à tromper le public deux jours plus tard. Ce qui n’est pas sans poser de questions. Il est d’usage en effet de ne pas révéler une supercherie avant de la faire. Et si l’on ne peut vraiment pas se retenir, il existe un procédé assez commun en matière de communication que l’on appelle un embargo. C’est bien plus simple que débloquer un détroit. Il suffit d’écrire ce mot en lettres capitales, éventuellement rouges, en le faisant précéder d’un « Attention », le tout assorti d’un ou de plusieurs points d’exclamation. Rien de tout cela dans le communiqué en cause. Juste l’irrésistible plaisir de raconter sans attendre la bonne blague que l’on s’apprête à faire. C’est aussi touchant qu’un enfant qui rate sa première plaisanterie. Et, un peu comme un parent qui rit trop fort pour effacer le malaise, j’ai décidé de respecter les règles et de garder le secret jusqu’à ce matin. C’est donc avec soulagement que je peux vous révéler que l’annonce du lancement de croquettes pour chien rendant leurs déjections phosphorescentes relève de ce canular annuel. Il est possible que ce fait majeur vous ait échappé et je suis à peu près certain que cela aurait été mon cas si je n’avais pas été prévenu. Et pourtant si vous vous souvenez de mes déboires en la matière, vous comprendrez qu’en dépit de ma légitime fierté à éventer cette supercherie, je suis le premier à regretter qu’elle en soit une. Il me faudra donc continuer à faire preuve de cette acuité prudente dont je suis dépourvu pour éviter ces sombres crottes. Tant pis pour moi et pour la société Bab’in dont j’aurais assuré la promotion avec plaisir et enthousiasme. De toute façon, je n’ai jamais aimé cette tradition. Ni en tant que directeur de journal lorsqu’il fallait se creuser les méninges pour élaborer un subterfuge souvent vaseux, ni en tant que lecteur tant la méfiance est grande à l’égard de toutes les nouvelles de ce jour. Serait-il possible d’ailleurs que ce poisson soit un faux ? Autrement dit que l’info soit vraie ? Et que chaque soir, des dizaines de petits monticules s’illuminent dans le noir ? Ce serait presque beau. Mais vertigineux.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.