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Pas sans voix

Un instant j’ai cru que la radio s’était éteinte faute de piles. Mais c’était l’interviewée qui était interloquée. Pourtant, elle avait répliqué avec véhémence à chacune des questions sur la politique – injuste et inefficace – du gouvernement autant que sur l’attitude – égoïste et intolérante – du patronat. Elle évoluait alors au cœur de son domaine de compétence en tant que secrétaire générale de la CGT. Mais là, Sophie Binet (c’est son nom, je le précise à l’intention du lectorat international, car oui, il y en a un) était comme interdite face à la question des internautes que lui transmettaient les journalistes. Car ce que semblait attendre le public, au-delà de toutes les considérations sociales, sociétales et politiques du moment, était l’avis de la syndicaliste sur le retour de Céline Dion sur la scène parisienne. Et pour une fois, elle n’en avait pas, d’avis. Reprenant ses esprits, elle bafouilla qu’elle était très contente pour les fans mais que ce n’était pas son répertoire, ce qui m’a paru être le propos le plus raisonnable que j’ai entendu de sa bouche ce matin. Je suis en effet légèrement troublé par cette annonce qui parvient à couvrir le bruit des bombes comme à surmonter le prix de l’essence. C’est que ma relation avec cette talentueuse chanteuse est assez paradoxale. Je ne peux fredonner le moindre de ses tubes pour la bonne raison que je n’en connais aucun et pourtant je suis assez au courant de sa vie. Non par les médias spécialisés qui me sont étrangers mais grâce au film racontant ses débuts. J’étais tombé dessus au cours d’un vol transatlantique et j’avais été bluffé par l’interprétation de Valérie Lemercier. Même les chansons qui ne sont pas vraiment mon style de beauté m’avaient accroché l’oreille mais pas au point de les ajouter à ma playlist. La diva était d’ailleurs tout à fait sortie de mon esprit lorsqu’elle a réapparu au pied de la tour Eiffel il y a deux ans et je crois avoir déjà dit ici que sa version de l’Hymne à l’amour m’avait particulièrement touché. C’est dire que l’annonce de son retour sur scène, même à cinq stations de RER de chez moi, ne m’a pas vraiment bouleversé. Néanmoins, je dois reconnaître qu’en voyant les messages des vendeurs de tickets de concerts s’accumuler dans ma boîte mail, je ne les ai pas supprimés immédiatement. Prenant le temps de lire, j’ai pu ainsi constater qu’il fallait s’inscrire pour pouvoir participer à un tirage au sort permettant vraisemblablement de concourir afin d’acquérir une place hors de prix. Le spectacle vaut certainement tous ces obstacles. Mais fut-elle une sirène, je ne suis pas assez sensible à son chant pour y céder. Sans moi donc. Mais pas sans voix.