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Images idiotes

C’est une gymnastique matinale que je pratique quotidiennement et qui, contrairement aux apparences n’est nullement en contradiction avec ma conception churchillienne du sport. Le principe consiste à slalomer entre les mauvaises nouvelles diffusées par mon poste de radio le temps de mes ablutions. Autant dire que ce n’est pas un exercice facile. À force de pratique, j’arrive cependant à ne plus attarder mon attention que sur l’anecdotique, le pittoresque voire l’accessoire. Et de laisser glisser le pire. Pourtant, même en me jouant ainsi des guerres et des crises, la cruelle réalité du monde moderne peut ressurgir sans prévenir au détour d’une innocente chronique sociétale. Comme ce matin quand un innocent reportage m’a fait prendre conscience de mon inconsistance. Voici en effet quelques semaines qu’insensiblement je me laisse aller à faire défiler les carrousels d‘annonces de vente de biens d’exception, demeures de caractères et autres appartements charmants qu’une société spécialisée dans les bons coins insère dans le fil de mes lectures. Un comportement d’autant plus absurde que je me trouve parfaitement bien là où j’habite et que je n’ai aucun projet en la matière. Ce sont vraisemblablement les photos, toujours prises au grand-angle par une belle journée ensoleillée qui ont déclenché cet intérêt dont il serait regrettable qu’il tourne à l’addiction. Car en plus d’être parfaitement inutile, cette habitude fait de moi le jouet d’odieux faussaires, ai-je compris à l’écoute d’une enquête sur l’usage de l’IA dans le secteur des annonces immobilières. Cette technique, expliquait-on, est largement utilisée dans le traitement des illustrations. Logique, se défend un professionnel interrogé, c’est ainsi que l’on attire le chaland. Merci, ça, je l’avais remarqué. Aussi n’hésite-t-on pas, ajoute-t-il, à réchauffer l’ambiance en embellissant les conditions météo de la prise de vue. Soit. On peut aussi supprimer ou modifier des éléments de décoration ou d’ameublement. Pourquoi pas ? Mais quand on gomme des fissures, remplace des fenêtres ou efface les planchers pourris, ça devient un peu plus problématique. Et assez stupide puisque, comme le fait remarquer une autre agente, c’est la visite sur place qui déclenche l’indispensable coup de cœur. Et si le cliché ne correspond pas à la réalité, on court au-devant de graves déceptions, sans même parler des accusations de tromperie sur la marchandise. Pourtant, ce qui m’afflige le plus dans cette histoire, c’est de n’avoir vu la supercherie alors que j’utilise quotidiennement ces outils abusivement qualifiés d’intelligents. Sauf à considérer qu’en comparaison, ceux qui regardent les images qu’ils génèrent sont idiots.