Vous aimez le yaourt ? Oui ? Mais le chantez-vous ? Là, c’est déjà moins courant, ne serait-ce que parce qu’il faut le parler. C’est à la portée de tous mais cela demande de la pratique. Inutile de tenter de vous y mettre demain matin devant votre pot, ce n’est pas l’idée. Il suffit de fredonner un air connu en imitant les phonèmes d’une langue étrangère, l’anglais le plus souvent mais ça marche aussi avec l’allemand, le russe ou n’importe quel idiome parlé sur cette planète. Je m’y entends pas mal mais mon maître en la matière fut feu mon patron, Christian Blachas qui imitait Elvis à la perfection sans qu’aucun des mots ne soit compréhensible. Il connaissait pourtant le répertoire du King par cœur mais il préférait garder le rythme plutôt que d’essayer de reproduire les strophes exactes. De même, il m’est beaucoup plus facile de baragouiner un blues pendant que je m’escrime à dompter mes doigts sur le manche de ma guitare. Bien sûr c’est encore meilleur quand il y a de vrais morceaux de langue. Une pincée de « One More Time », un soupçon de « All right » sans oublier une bonne dose de « I wanna be » donnent ce parfum d’authenticité qui fait la différence. À l’intention des âmes sensibles, il n’est donc pas question ici de quelque moquerie et encore moins de xénophobie. Il s’agit au contraire d’une révérence à l’égard de langues dont les sons nous enchantent. Enfant, ma fille disait « Assis bonada » pour interpréter « Asimbonanga » de Johnny Clegg et j’ai moi-même découvert très tard ce que disaient les Beatles et toutes les stars de la British pop que ma grande sœur écoutait. Parmi celles-ci il y avait « Lola », des Kinks ». Un tube à l’air entêtant. Mais voilà que j’ai appris hier que Moby avait rayé ce morceau de sa playlist parce qu’il avait « trouvé les paroles vulgaires et transphobes » en particulier lorsque ladite Lola est ainsi décrite : « She walked like a woman but talked like a man ». Accusations dont s’est vertement défendu Dave Davies, le guitariste du groupe. Je ne m’aventurerai pas à prendre parti dans cette polémique quelque peu déroutante. Car si je ne m’abuse, Richard Melville Hall, dit Moby, est anglophone de naissance. Et s’il n’avait que 5 ans lorsque ce morceau est sorti, il a eu largement le temps depuis pour en saisir le sens. Loin de moi l’idée de prétendre qu’il a du yaourt dans la tête, mais en ce qui me concerne, je continuerai à chanter « Lola, hello elle est là ». Comme au bon vieux temps. Aux quais ?

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.