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Trou de mémoire

J’avais complètement oublié, je l’avoue. Mais vous aussi, convenez-en. On peut d’ailleurs parler d’un trou de mémoire collectif car nul média ne semble l’avoir évoqué hier. Du sixième anniversaire du confinement. Eh oui. Ça nous a pourtant sacrément traumatisés à l’époque. Mais le temps est passé, le monde n’a pas tellement changé et nous sommes passés à autre chose. D’une lutte contre un ennemi invisible à quelques guerres bien sanglantes et, pour l’heure, encore lointaines. Pardon de plomber l’atmosphère en cette journée pré printanière avec ces sinistres rappels, mais ce n’est pas de ma faute. Il se trouve que j’étais invité hier au vernissage d’une exposition de photos. Celles que mon ami Olivier Roller a réalisées pour un livre sur les malades du covid intitulé « Corps flottants » et dont je vous ai déjà entretenu. C’est Nicolas Dufourcq, le président de la BPI dont le siège accueille cette expo, qui dans son discours, a rappelé cette date qui s’efface dans la mémoire collective. Normal que lui s’en souvienne puisque sa banque a largement contribué à soutenir l’économie pendant cette étrange période. En dépit du contexte et des images très fortes et troublantes d’Olivier, la soirée fut très agréable et enrichissante. Après les discours et devant le buffet, j’ai fait connaissance de personnes aussi charmantes qu’intéressantes. Nous avons ainsi évoqué ces mois d’enfermement sanitaire avec un monsieur à l’air très sérieux mais fort sympathique. Paradoxalement, nous pouvons nous remémorer très précisément ces journées particulières dont chacune semblait pourtant être la copie de la précédente. En ce qui me concerne, il me reste de cette période des moments assez exaltants malgré le stress inhérent à la situation. Mon interlocuteur qui vit à Paris avait des sentiments plus mitigés sur sa vie enfermée, mais il me semble qu’ils n’étaient pas entièrement négatifs. C’est alors que je lui ai demandé quel était son métier. Historien, m’a-t-il répondu en me précisant qu’il était spécialiste de la Shoah. Autant dire qu’il s’y connaît en devoir de mémoire. Un exercice particulièrement important en ces temps où de vieux réflexes, de vieilles expressions et de toutes aussi vieilles mauvaises intentions reviennent infecter le discours public. Ce ne serait pas une mauvaise idée de s’en souvenir. Pour de bon.