Le petit matin était encore gris lorsqu’elles sont parties. Le couvercle s’est refermé. C’en était terminé d’une vie commune de quoi ? Une dizaine d’années peut-être. C’est beaucoup pour une paire de baskets, pardon de sneakers. Je les ai portées jusqu’à la fin, tentant, chaque jour plus désespérément, de leur rendre leur blancheur originelle. Mais hier, alors qu’elles me chaussaient pour un énième voyage, j’ai senti l’eau s’insinuer entre mes orteils. L’indubitable signal de la fin. Oh, je savais depuis quelque temps que celle-ci était proche, mais je repoussais l’instant fatidique. Mais soyez sereins, je m’en remettrai. Car j’en ai d’autres de ces chaussures de sport à trois bandes, floquées du nom d’un joueur de tennis légendaire. Dans ma quête de simplification vestimentaire, j’ai adopté de longue date ce modèle dans sa version noire car il répond à mes exigences de motard mondain. Je porte également la variante blanche les jours où je n’ai pas à manier le sélecteur de vitesses de ma moto. C’est que j’aime les chaussures. Je ne sais pourquoi, mais il me semble important que ces accessoires soient accordés, non seulement au reste de la tenue mais aussi à leur usage et bien sûr aux conditions météorologiques. Il peut m’arriver d’en changer plusieurs fois dans la journée en fonction des divers aléas. En sus des sneakers susmentionnées, j’en possède donc un certain nombre ce qui a également pour avantage de les faire durer assez – voire très – longtemps. J’ai d’ailleurs sérieusement ralenti mes acquisitions ces dernières années, étant à la tête d’une gamme très largement suffisante pour faire face à toutes les situations. Ce qui ne m’empêche pas d’être interpellé lorsque passe devant mes yeux une image de groles. C’est par ce biais que, non sans un certain dépit, j’ai appris dans le Guardian qui tenait lui-même l’information du Wall Street Journal, que le Grand Perturbateur Mondial partageait la même obsession que moi. Sauf que celui-ci prétend deviner la pointure de ses interlocuteurs et en particulier de ses ministres. Mieux, ou pire, il leur offre des paires de Florsheim qu’il leur intime de porter. Il s’agit d’une marque de milieu de gamme que certains doivent trouver très en deçà de leur standing. Ils se plient pourtant aux exigences de leur patron, même lorsque celui-ci se trompe autant dans ses prédictions de taille que sur la durée des guerres qu’il déclenche. Non qu’ils craignent de se faire marcher sur les pieds, c’est déjà le cas, mais parce qu’ils sont dans leurs petits souliers.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.