Il y a peu de chances que vous vous souveniez de cette histoire. À force de vous abreuver d’élucubrations quotidiennes, je comprends que certains d’entre vous aient du mal à suivre. D’autant que j’en sais qui ne sont pas tout jeune, mais je ne vise personne. Toujours est-il qu’il y a quelque temps je vous avais entretenu de la découverte d’uncalamar colossal ou à tout le moins destiné à le devenir. Eh bien le hasard de mes lectures m’a permis d’apprendre qu’un autre individu de cette espèce avait été découvert très récemment au fond de l’une des plus profondes fosses océaniques. Cette fois-ci, ce n’est pas sa taille qui est spectaculaire mais son comportement. Car cet animal se déguise en éponge. Et s’il se comporte ainsi, ce n’est pas pour faire son intéressant dans l’océan mais pour manger. Car les éponges hébergent des crevettes et en se faisant passer pour elles, nos calamars facétieux se font de petits festins, tranquilles, sans bouger du fond des fosses. Bien vu. Mais le plus épatant dans cette affaire – et ce pour quoi je vous en fais part tandis qu’une irrépressible envie de bâiller vous saisit – c’est que si les crevettes et les éponges s’entendent si bien, c’est que les premières font le ménage chez les secondes, ce qui aide à les faire vivre jusqu’à 27 000 ans. Ça réveille non ? Tant pis, vous ferez la sieste plus tard en vous demandant peut-être comment on peut bien s’occuper pendant tout ce temps. J’ai peu d’infos sur la psychologie de ces drôles de bêtes mais il semble que leur développement soit somme toute assez limité. Elles ne possèdent ni appareil respiratoire ni bouche, ni anus, ni rien, si ce n’est des spores. Beaucoup de spores. Elles n’ont donc très vraisemblablement aucune idée du temps qui passe, échappant ainsi à tout risque de bouffées nostalgiques. Un peu comme moi, qui ne fait pourtant pas de sport (je ne devrais pas, je sais) mais qui malgré de récents rappels du passé, résiste aux regrets. Rien que cette semaine, j’ai déjeuné dans un lieu où il y a dix ans, le journal que je dirigeais avait célébré son trentième anniversaire sans que cela ne suscite de montée de larmes ou autres manifestations pathétiques. Juste de bons souvenirs. Et hier encore, l’un de mes vieux amis m’a invité à jouer sur le circuit routier électrique qu’il vient d’acheter dans un accès de retour en enfance. Bien que m’étant amusé à piloter ces autos sans les faire dérailler, je n’ai ressenti aucune émotion particulière à retrouver ces jouets. Ce qui confirme que je ne suis pas atteint du syndrome de Peter Pan. Ni de Bob l’éponge.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.