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Sphère d’influence

Je suis complètement passé à côté. De la lune. Enfin de ceux qui sont allés en faire le tour. J’avais bien entendu parler de cette mission Artemis-2 mais l’info ne m’avait pas vraiment bouleversé. Il est vrai qu’elle intervenait dans un contexte particulièrement chargé de nouvelles stressantes. C’est en allumant hier mon poste de radio que la puce m’est arrivée à l’oreille. Dans un premier temps, les voix que j’entendais étaient si nasillardes qu’elles m’ont laissé croire un instant que mon vieil appareil était en train de rendre l’âme. Il n’en n’était heureusement rien. C’était simplement la qualité de transmission entre l’espace et la terre qui ne semble pas avoir été nettement améliorée depuis les temps héroïques. Le commandant de bord décrivait ce qu’il apercevait de sa cabine, c’est-à-dire essentiellement des cratères de toutes tailles. Il a d’ailleurs annoncé son intention d’en baptiser un du nom de sa défunte épouse, ce qui m’a semblé être d’une grande délicatesse dans une époque où cette qualité se fait des plus rares. L’espace d’un instant, cette communication très longue distance m’a renvoyé dans un passé lui aussi fort lointain. Ce ne sont pas des images de télé qui me sont revenues en tête, mais la « Une » d’un quotidien, France Soir probablement, sur laquelle on voyait la trajectoire d’Apollo 8. Mes parents n’étant pas lecteurs de ce quotidien – nous lisions Le Monde à la maison – j’ai dû voir cette image chez un marchand de journaux. À moins que ce ne soit dans les mains d’un crieur, hypothèse moins probable mais nettement plus romantique. Toujours est-il que cette odyssée avait alors passionné le gamin de huit ans qui avait plus souvent la tête dans les nuages que dans ses livres de classe. Six décennies plus tard, mon intérêt pour la conquête de l’espace n’a pas faibli même si j’ai depuis longtemps cessé de rêver d’aller voir là-haut si j’y suis. Et pourtant j’ai donc laissé le capitaine Reid Wiseman et son équipage s’éloigner à 406 000 kilomètres de la Terre – un record ai-je appris — sans que cela ne m’émeuve plus que cela. Leur voyage n’a pourtant pas été sans souci, à en croire les problèmes de sanitaires bouchés qu’ils ont rencontrés. Mais ce n’était pas mission impossible non plus en dépit d’un casting qui me fait irrésistiblement penser à celui de la série du même nom. D’ailleurs, à l’heure de la publication de ce texte, le vaisseau aura quitté la sphère d’influence de la lune, selon la poétique terminologie officielle, pour entamer le chemin du retour. Lequel n’est pas le moins périlleux. D’autant que toute cette équipée pourrait se terminer par une réception à la Maison Blanche. Mais je ne voudrais surtout pas leur porter la poisse.