Je n’ai jamais vraiment voulu être riche. J’en ai rêvé, je le reconnais, mais sans jamais rien faire pour y parvenir. Je n’ai pas choisi le bon travail, d’autant que c’est plutôt lui qui m’a choisi. Je n’ai pas joué sur les monnaies, les indices et encore moins sur les bitcoins, autant d’activités qui m’ennuient profondément. Quand la banquière me parle des taux de l’épargne et autres produits financiers, je suis saisi d’une irrépressible langueur. Et je ne parlerai pas du loto et autres jeux de hasard dont j’ai déjà dit ici ma révulsion. Mais je n’ai aucune raison de me plaindre et d’ailleurs, je ne le fais pas. Certes, je ne suis pas un Henry mais je ne m’en porte pas plus mal. Oui vous avez bien lu. Ce n’est pas mon sixième prénom caché mais l’acronyme de « High earnings not rich yet ». J’ai appris cela en regardant une vidéo postée par mon ami et grand maître du luxe Éric Briones à propos des revendications de cette catégorie de malheureux américains qui, frappés par l’inflation, se plaignent de ne plus avoir les moyens de s’acheter des sacs Vuitton et autres ceintures Gucci. Je les comprends ces pauvres presque riches, ça ne doit pas être facile de voir le sommet s’éloigner alors qu’il était si proche. Nettement plus dur que pour ceux qui ne peuvent même pas apercevoir ces cimes. Et subir de tels désagréments. Je me moque mais je ne devrais pas. Il m’arrive de rêver – comme vous ? – devant des objets inutiles, très beaux et excessivement coûteux que je regrette fugitivement de ne pouvoir acquérir. De même je jalouse toujours un peu les passagers de la classe la plus confortable de l’avion devant lesquels je passe pour rejoindre les étroits sièges arrière. Mais étant plus rêveur qu’ambitieux, ça me passe avant même le décollage. De toute façon, il y a chaque jour moins de chances que je découvre une mine de diamant dans mon jardin ou le principe du mouvement perpétuel dont le brevet ferait de moi un Victor, soit un Very intelligent chap turning over rich, selon une dénomination que je viens d’inventer *. Et cela n’a aucune importance. Il suffit parfois de détails pour illuminer une journée. Comme cette recharge d’agenda au format portefeuille, en simili cuir noir sur lequel les logos de ma banque et de ma carte de paiement se détachent en lettres d’or. J’en reçois une chaque année à la même époque. Elle ne m’est plus d’aucune utilité depuis longtemps et je me demande d’ailleurs qui parmi les clients de ce service supposément premium en ont encore l’usage. Cela doit être ce qu’on appelle le luxe désuet. N’est-ce pas Henry ?
* Avec l’aide de l’intelligence artificielle
