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Regard détourné

Où ai-je lu cette histoire ? Impossible de m’en souvenir. Ce doit être un effet de ce qu’on appelle la boulimie informationnelle. À force de lire, d’entendre et de voir tant de contenu, il est de plus en plus difficile d’en retenir les détails. Je préfère cette explication à celle d’une dégradation des capacités mémorielles, allez savoir pourquoi. Toujours est-il que j’ai vu passer sous mes yeux une intéressante interview d’un spécialiste de quelque chose qui expliquait que nous, habitants de pays développés du XXIème siècle, possédions infiniment plus de biens que nos équivalents – à position sociale et richesse comparable – du début de l’ère industrielle. J’aimerais pouvoir être plus précis, vous dire le pourquoi du comment et combien, mais c’est impossible pour les raisons susmentionnées. Ce qui est sûr, c’est que mon dressing est une parfaite illustration de cette thèse. Je confesse avoir cédé trop souvent à l’achat de vêtements sinon inutiles en tout cas superfétatoires. Pourquoi tant de chemises blanches ? Parce que j’en changeais souvent pendant ma vie très active, d’autant plus qu’il m’arrivait de devoir en acheter une en sortant de table après avoir décoré la précédente de quelques projections alimentaires. Soit. Mais les cravates ? Je n’en porte presque jamais depuis que je n’interviewe plus de ministres et autres éminences. Même après m’être débarrassé des plus ridicules des années 90 (dont vous ne saurez rien de plus, on a sa fierté), il m’en reste une quantité impressionnante. La plupart sont très sobres mais il en est une qui détonne et m’est plus chère que les autres. Au sens figuré comme littéral. Je l’avais acheté dans la seule vente privée à laquelle j’ai participé, celle d’un grand couturier anglais quelque peu excentrique. C’était le seul article qui seyait à ma silhouette alors assez enrobée comme à mon portefeuille, qui lui, ne l’était pas assez. Enrobé. Toujours est-il que cet accessoire accroche aussi souvent mon regard que les raisons de le porter sont rares. Aussi sautais-je sur l’occasion hier, alors que je me préparais pour une soirée à laquelle je suis convié chaque année pour célébrer agences et personnalités de la publicité. Elle se tient dans le somptueux salon d’un grand hôtel parisien et autant vous dire que ma mise fut remarquée, au contraire de mon jean et de mes chaussures salies par les résidus des récentes intempéries. C’est donc à cela que sert cet attribut vestimentaire. Détourner le regard. Ça marche très bien. Même lorsqu’elle n’est pas rouge.