Eh ben voilà, j’ai marché dessus. Enfin dedans. Du pied droit. Je ne sais si c’est un signe de chance ou d’autre chose mais je le ressens plutôt comme une fatalité. Cette triste issue était d’ailleurs tellement probable que j’avais cru bon de prendre des mesures préventives. Sans succès. Voilà pourtant une semaine qu’il était là, au milieu de la pelouse, pile sur le chemin que je prends pour emmener mes divers bacs de déchets vers l’emplacement où ils sont pris en charge par le service de la voirie. Alors qu’ils sont, la plupart du temps indétectables à l’œil nu, habilement cachés par les herbes du printemps commençant, celui-là était tellement imposant que son sommet dépassait de plusieurs centimètres la cime des brins les plus hauts. Je ne saurais déterminer si cela ressemblait plutôt à un roc, un pic ou à un cap, mais il n’était nul besoin d’être pourvu d’un appendice nasal hors norme pour être incommodé par les nocives effluves. Face à un tel monument toute personne sensée aurait dû pouvoir durablement infléchir sa trajectoire. Mais à force de nous fréquenter vous avez compris que je ne fais pas partie intégrante de la fraction de l’humanité faisant preuve de bon sens. Ou d’attention. Je marche le nez au vent et l’œil attiré par toute sorte d’artefacts. Sauf ceux qui souillent les semelles et font sentir leur origine animale. Canine, pour être précis. Néanmoins, sachant cette faiblesse, j’avais donc pris des mesures, non de l’objet mais préventives. C’est ainsi que pour tenter de renforcer mon attention, autant que pour localiser géographiquement le problème, j’y avais planté un bout de bois. Une sorte de balise comparable dans son usage à celles qui marquent la présence de rochers affleurant l’océan. Mieux, j’avais même envisagé d’y accrocher un petit fanion orné d’un émoji sans équivoque. Le mieux étant l’ennemi du bien, j’y ai cependant renoncé, craignant que ma décoration n’attire quelques curieux ou pire, qu’elle ne suscite un engouement pour ce genre d’ornement. Et pourtant, malgré ces précautions, mon pied qui tant de fois évita cet écueil fut trahi par ma distraction qui autant de fois me perdit. De rage et de désespoir, je me précipitais alors pour changer de souliers et nettoyer les souillés. Ce fut au fond, une leçon d’humilité pour moi qui taxe souvent nos dirigeants de reproduire sans fin les mêmes erreurs. Avec les mêmes résultats, tout aussi prévisibles que mes démarches malhabiles. Nous foutre dans une mer de noirs ennuis. Sans inflexion ni réflexion.

Written by
Frédéric Roy
Ancien directeur de la rédaction de CB News disposant de beaucoup de temps après avoir longtemps couru derrière. J'écris tous les jours pour mon plaisir et, autant que possible, pour le vôtre.